Le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, semble faire franchir un nouveau cap d'escalade à sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Selon un rapport du groupe de réflexion américain «Institute for the Study of War» (ISW), le président russe projette d’envoyer 300'000 à 400'000 soldats supplémentaires sur le front ukrainien.
Cette mobilisation massive s'effectuerait toutefois dans la plus grande opacité, sans décréter de vague officielle de conscription. Poutine compterait plutôt s'appuyer sur les autorités régionales et sur des recrutements forcés pour garnir les rangs, indique l'ISW qui relaie une analyse de «The Economist».
Ce rappel à grande échelle devrait démarrer au lendemain des élections à la Douma d’Etat – le scrutin législatif national –, prévues du 18 au 20 septembre.
Arrestations et recrutements forcés
Officiellement, Moscou continue de démentir tout projet de conscription. Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a encore martelé vendredi: «L’armée russe dispose de suffisamment de soldats sous contrat pour combattre en Ukraine.» L’ambassadeur russe auprès de l’ONU, Vassili Nebenzia, tenait le même discours une semaine plus tôt, assurant qu’aucune mobilisation générale n'était à l'ordre du jour.
Dans l'ombre, la réalité s'avère tout autre. Dès le 11 août, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avertissait fermement, lors de sa prise de parole du soir, des intentions du Kremlin sur la base de renseignements militaires. «Après ces soi-disant élections, il prévoit une nouvelle mobilisation rapide de plusieurs centaines de milliers de Russes d’ici la fin de l’année, puis d'un volume équivalent l’année prochaine. Cela vient s'ajouter aux recrutements qu’ils tentent de mener via les contrats d'engagement», a affirmé Volodymyr Zelensky.
Selon l’ISW, qui cite des sources dans l’oblast de Penza, des réseaux de conscription clandestine fonctionnent déjà depuis juin au moins. Des hommes y seraient arrêtés puis contraints de signer un contrat d'engagement avec le ministère de la Défense.
Des bombardements incessants
En parallèle, l'armée russe adapte sa tactique sur le terrain militaire. Les offensives contre l’Ukraine s’intensifient sous la forme de frappes aériennes ininterrompues. Dans la nuit de vendredi à samedi, Moscou a lâché 550 missiles, drones de combat et leurres en l'espace de 28 heures depuis plusieurs bases.
Un tir visant un dépôt de munitions près de Kiev a fait 38 morts. Cette stratégie de saturation constante marque un tournant dans la conduite des opérations. Les raids menés en plein jour se multiplient également. L’ISW distingue trois objectifs derrière cette nouvelle méthode. Premièrement, épuiser la défense antiaérienne ukrainienne, déjà fragilisée par le manque de munitions.
Deuxièmement, les frappes diurnes cherchent à paralyser l’activité économique du pays. Enfin, ces pilonnages continus permettent aux forces russes d'identifier précisément les positions défensives ukrainiennes afin de préparer de futures frappes de précision.