L'Islande va-t-elle rester la «Suisse du Grand Nord» de l'Europe? Ou va-t-elle, au contraire, quitter à terme l'Espace économique européen (EEE), au sein duquel elle se trouve aux côtés du Liechtenstein et de la Norvège, pour entamer de nouvelles négociations d'adhésion avec Bruxelles?
C'est cette question que les 273'000 électeurs islandais (sur 400'000 habitants) appelés aux urnes ce samedi doivent trancher lors d'un référendum emblématique. Si le oui à l'Union européenne l'emporte, la preuve sera faite que le modèle communautaire demeure attractif, à l'heure où les Etats-Unis veulent toujours annexer le Groenland voisin. Si, en revanche, le non sort victorieux, la question restera posée, comme elle l'est en Suisse avec le projet d'accords bilatéraux avec l'UE qui sera soumis au peuple en 2027 ou 2028: comment mieux défendre sa souveraineté dans un monde de plus en plus chaotique et dominé par les empires?
La pêche, sujet central
Selon les sondages, le scrutin islandais de ce samedi sera extrêmement serré car, outre la souveraineté, une autre question existentielle est posée : celle de la pêche et des ressources halieutiques. L'Islande redoute un contrôle de ses chalutiers par la Commission européenne. Les produits de la pêche représentent autour de 40% des exportations de biens islandaises et le contrôle des ressources halieutiques touche directement à l’identité et à la souveraineté nationales. Le souvenir des anciennes «guerres de la morue» avec le Royaume-Uni demeure puissant.
Le passé compliqué
Un autre sujet complique encore plus la donne: le passé. Lors de la crise financière de 2008-2010, qui avait mis ses banques à genoux en raison de leur niveau record d'endettement et de leurs détestables pratiques spéculatives, l'île nordique avait regardé du côté de l'UE. Elle avait déposé sa candidature en 2009 et même ouvert des négociations en 2010. Puis celles-ci avaient été gelées en 2013 après l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique, sur fond (déjà) de désaccords autour de la pêche. Or, désormais, l'Islande va mieux. Alors, pourquoi revenir à la charge?
La réponse, cette fois, n'est pas qu'économique. Elle est aussi sécuritaire. L'Islande, nation sans armée, est entièrement dépendante de l'OTAN (l'Alliance atlantique, dont la Suisse ne fait pas partie) et d'un accord avec Washington pour la défense de son territoire. Tenable à l'heure des prétentions arctiques de Trump et des agressions délibérées de la Russie? Cette peur stratégique jouera un rôle dans le vote. Idem pour une possible adoption de l'euro en cas d'intégration à l'Union. Beaucoup, dans ce pays, ont le souvenir de la crise financière et estiment que la monnaie unique est un bouclier dont l'économie islandaise a besoin.
Il ne s’agit pourtant pas de décider immédiatement d’une adhésion. Une victoire du «oui» rouvrirait les négociations avec Bruxelles, probablement pour deux à quatre ans. Un éventuel accord devrait ensuite être soumis à un second référendum en Islande, avant d’être ratifié par les Etats membres de l’UE.
L'ombre helvétique
Pour le quotidien suédois «Dagens Nyheter»: «L’Islande sera davantage en sécurité au sein de la communauté européenne.» Le journal estime également que l’entrée de Reykjavik permettrait aux pays nordiques de renforcer leur influence à Bruxelles. Le «Financial Times» souligne, lui, que « l’Islande est une démocratie stable, prospère et très développée » et estime que son éventuelle entrée dans l’Union serait un véritable gain.
Immédiatement, en cas de victoire du «oui», un débat sera sur la table des Européens et de la Suisse: l'avenir de l'Association européenne de libre-échange (AELE), qui réunit la Confédération, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein, avec son siège à Genève. Pour rappel, les électeurs helvétiques avaient refusé, lors du référendum de décembre 1992, que le pays rejoigne, aux côtés de ses partenaires, l'Espace économique européen.