8,5 millions partis en fumée
Une croisière de luxe pour les Russes au pôle Nord tourne au fiasco

Ce voyage exclusif promettait des repas étoilés et une fête au pôle Nord. Cependant, le voyage, dont les prix des cabines variaient entre 70'000 et 200'000 dollars par personne, fut un échec cuisant.
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Le spectacle s'annonçait de taille pour les 150 invités de l'élite russe sur le brise-glace de luxe «Le Commandant Charcot».
Photo: Ponant
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Angela Rosser et Sandra Marschner

Prévue pour l'élite russe, une croisière de luxe au pôle Nord est littéralement tombée à l'eau. Le brise-glace «Le Commandant Charcot» de la compagnie de location Ponant aurait dû partir en direction du pôle Nord. Au programme: des repas exquis, une fête géante une fois au pôle et, bien sûr, des saunas, des piscines chauffées et des cabines luxueusement meublées.

La croisière était censée accueillir plus de 150 invités. Avec des prix de cabines allant de 70'000 à 200'000 dollars par personne, le voyage promettait des paysages polaires à couper le souffle et des opportunités stratégiques de réseautage.

Le voyage devait durer deux semaines. Le final spectaculaire au pôle prévoyait une baignade dans l'eau glacée, une soirée disco silencieuse et un concert du légendaire groupe de rock russe Lenningrad.

L'intermédiaire enfreint les sanctions

Mais la croisière a été annulée à cause des sanctions contre la Russie. A présent, les organisateurs ne croulent pas sous le caviar, mais sous les poursuites judiciaires.

D'après le «Financial Times», l'arrestation de l'entrepreneur russe en cryptomonnaies Iurii Gugnin serait au cœur du problème. En effet, Iurii Gugnin servait d'intermédiaire de paiement entre l'agence de voyages TRVL et Ponant. Selon les autorités américaines, il aurait enfreint les sanctions contre Moscou et blanchi plus de 500 millions de dollars via sa société de cryptomonnaies. La compagnie de croisières a ensuite résilié son contrat avec lui.

L'agence de voyage russe TRVL reproche à la compagnie française de ne pas lui avoir remboursé 5,8 millions de dollars sur le prix total de l'affrètement de 8,5 millions après l'annulation du voyage.

Une perte «catastrophique»

Pour l'entreprise, cette situation est «catastrophique», a expliqué son cofondateur Boris Pustovoytov. Tous les clients ont été rigoureusement contrôlés pour vérifier leur conformité aux sanctions et étaient tous titulaires d'un visa européen, a-t-il précisé. Cette affaire illustre l'impact complexe des sanctions contre la Russie sur le tourisme de luxe.

Malgré les restrictions, la demande de voyages vers l'UE semble toujours aussi élevée parmi les Russes fortunés. Selon une enquête du journal britannique «The Telegraph», le nombre de visas Schengen délivrés en 2024 a dépassé les 550'000, soit 9% de plus qu'en 2023. L'échec de la croisière au Pôle Nord met en lumière les difficultés rencontrées par les entreprises pour organiser des voyages de luxe pour leurs clients russes.

La Russie contourne les sanctions

Depuis février 2022, l'UE a déjà imposé 18 paquets de sanctions à la Russie pour affaiblir le financement de la guerre par le Kremlin. Ces sanctions impactent les domaines technologiques, excluent le système de paiement occidental SWIFT et plafonnent les prix des exportations de pétrole russe. Mais le Kremlin a plus d'un tour dans son sac pour esquiver ces sanctions.

Par exemple, la flotte fantôme russe – une flotte de pétroliers naviguant sous un faux pavillon – échappe aux sanctions sur les exportations de pétrole et de gaz.

Autre problème: le réseau de sociétés-écrans que le Kremlin utilise pour infiltrer les pays de l'UE. Une analyse de la «Harvard International Review» a révélé que les moyens financiers des entrepreneurs ou oligarques russes pouvaient ainsi être habilement dissimulés.

Autre subterfuge: les «importations parallèles» de produits sanctionnés en Russie via des pays qui ne respectent pas les sanctions. Ou encore, pour contourner les sanctions du système de paiement SWIFT, le Kremlin utilise des monnaies alternatives au dollar, rapporte la «ZDF».

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