Une attaque contre l'OTAN pour l'été?
Une simulation révèle les faiblesses de l'Europe face à la Russie

Des experts alertent sur la capacité réelle de Moscou à défier l’OTAN. Une simulation explore un scénario d’escalade aux portes de l’Europe.
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Selon les observateurs, Poutine pourrait remporter une victoire sur l'Ukraine au plus tard en été.
Photo: imago/ZUMA Press
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Daniel Macher

«Nous ne devrions pas sous-estimer la Russie», a récemment averti Sönke Neitzel au sujet de la puissance de frappe des troupes de Moscou dans un podcast de «Bild». La déclaration de l'historien militaire allemand n’est pas un cas isolé. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les spécialistes multiplient les analyses, élaborent des scénarios et posent une même question centrale: l’OTAN pourrait-elle résister à une attaque russe – et si oui, pendant combien de temps? 

Sönke Neitzel va encore plus loin et qualifie de «fondamentalement erronée» l’idée selon laquelle la Russie éviterait un conflit avec l’Alliance en raison de son bilan militaire actuel. Les guerres n’obéissent pas à une logique linéaire. Leur évolution ne peut tout simplement pas être prédite avec fiabilité.

La grande offensive russe imminente?

Parallèlement, les signaux de nouveaux préparatifs militaires se multiplient. Selon des informations du «Kyiv Post», Moscou regroupe troupes et matériel en vue d’une offensive ukrainienne de grande ampleur destinée à affaiblir le pays de manière décisive et à contraindre Kiev à faire des concessions.

Roman Pohorily, du groupe de recherche Deep State UA, a également affirmé début février lors d’une conférence sur la sécurité à Kiev que la Russie avait constitué des réserves stratégiques. L’attaque pourrait débuter à la fin du printemps – d’abord à l’est, puis au sud.

S’y ajoute un facteur géopolitique majeur: les Etats-Unis ont largement réduit leur soutien à Kiev en 2025. La charge principale repose désormais sur les Etats européens, comme le souligne un rapport de l’Institut d’économie mondiale de Kiel, en Allemagne. Dès lors, la question ne porte plus seulement sur la capacité de défense de l’Ukraine, mais aussi sur un scénario plus large: et si la Russie parvenait à mettre l’Ukraine à genoux d’ici l’été?

«Et si la Russie nous attaquait?»

Le German Wargaming Center de l’université Helmut Schmidt de Hambourg a précisément simulé cette hypothèse: Que faire si la Russie nous attaque? «Dans le meilleur scénario, un cessez-le-feu intervenait à l’été 2026», explique à «Bild» l’analyste autrichien Franz-Stefan Gady, qui a élaboré la stratégie du côté russe dans l’exercice. «La Russie aurait alors eu le temps de reconstituer ses troupes, de les former à nouveau, voire de les redéployer.»

L’escalade fictive aurait été déclenchée par un prétexte humanitaire dans l’enclave russe de Kaliningrad. Afin de créer un corridor supposé, des unités russes avanceraient vers la Lituanie et sécuriseraient des points stratégiques, dont la ville de Marijampolė.

Dans ce modèle, la réaction occidentale reste hésitante. Dans un premier temps, Washington ne reconnaît pas le cas d’alliance de l’OTAN, Berlin temporise. Certes, la Pologne se mobilise... mais n’intervient pas. Les voies de communication perturbées et l’usage de drones empêchent un renfort rapide. Avec un nombre relativement limité de soldats, la Russie parvient ainsi à créer des faits accomplis et à isoler certaines parties de la Baltique.

L'objectif de la Russie: discréditer l'OTAN

Selon la simulation, ce n’est pas tant la puissance militaire de la Russie qui serait décisive que les hésitations politiques de l’Alliance. Durant les premières 48 heures, aucune réponse coordonnée ne se dessine. La pression repose alors exclusivement sur l’Europe et l’aide tarde à venir.

Pour Franz-Stefan Gady, c’est précisément là que réside le calcul stratégique: Moscou contraint les capitales européennes à peser les risques – accepter de lourdes pertes ou tolérer des pertes territoriales. Pour l’Allemagne en particulier, il s’agirait d’une situation politique extrême.

Les conséquences seraient considérables. «Le but de la guerre de la Russie dans les pays baltes est de discréditer l’OTAN en tant qu’alliance et d’affaiblir (…) l’Union européenne. Et cela peut être atteint en démontrant de manière crédible que l’OTAN et d’autres pays de l’UE ne peuvent pas vraiment faire grand-chose si la Russie dit en substance: nous coupons les pays baltes du reste de l’Europe», explique Franz-Stefan Gady... et c’est précisément là que réside le danger.


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