Depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine, divers experts ont prédit un effondrement économique du pays. Malgré la série de sanctions occidentales, l'économie russe résiste. Mais quatre ans après le début de la guerre, des grosses failles commencent à peser. Le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, devra-t-il bientôt gérer de gros problèmes?
«L'économie russe stagne», affirme à Blick Vasily Astrov. Cet expert russe est économiste au Vienna Institute for International Economic Studies. Selon lui, la situation s'explique principalement par les taux d'intérêt directeurs élevés, qui atteignent 15,5%. Si ces taux ont permis à la Russie de maîtriser officiellement l'inflation, ils «étouffent» en revanche l'économie, explique Vasily Astrov.
Les taux d'intérêt mettent à mal ménages et entreprises
Les taux d'intérêt élevés renchérissent les crédits, et incitent les ménages à freiner leurs dépenses. «Pour beaucoup, les emprunts sont devenus hors de prix. Cela pèse sur la demande de biens durables, notamment les voitures, ainsi que sur le secteur de la construction», souligne Vasily Astrov. L'augmentation de l’impôt sur le revenu vient aussi affaiblir la consommation privée.
Les taux d'intérêt pèsent aussi sur les entreprises, dévorant une part importante de leurs bénéfices. La situation est encore aggravée par un alourdissement de la charge fiscale. «La situation devient de plus en plus difficile, notamment pour les petites et moyennes entreprises», explique Vasily Astrov.
Mais bonne nouvelle, toutefois: le chômage – qui dépasse légèrement les 2% – ne devrait progresser que de manière modérée cette année. La cause? La Russie subit les effets du déclin démographique et du fait qu'une partie des hommes est mobilisée au front plutôt que sur le marché du travail. De plus, le pays manque de main-d'œuvre qualifiée. Ce dernier point devrait toutefois légèrement s'améliorer cette année, selon Vasily Astrov.
Les sanctions américaines portent leurs fruits
Le Kremlin a besoin d'augmenter les recettes fiscales afin de financer son budget national, dans lequel les dépenses militaires représentent environ la moitié. Le pays s'est en partie converti à l'économie de guerre. Le déficit budgétaire, inhabituellement élevé pour la Russie, s'explique non seulement par les coûts élevés de la guerre, mais aussi par la baisse des recettes issues du secteur des matières premières, qui rapporte de moins en moins d'argent dans les caisses publiques.
Les dernières sanctions américaines imposées contre les deux plus grands groupes pétroliers nationaux – Rosneft et Lukoil – ont laissé des séquelles, selon Vasily Astrov. «La Russie doit actuellement vendre son pétrole avec une réduction d'au moins 20 dollars par baril.» Pendant longtemps, le pays a pu couvrir ses dépenses de guerre avec le fonds national de prospérité. «Mais les liquidités de ce fonds sont en grande partie épuisées.»
L'Etat contracte des dettes supplémentaires
Pour que le trou soit moins important, le gouvernement russe a relevé la TVA de 20 à 22% pour l'année à venir. Afin de combler le manque à gagner, l'Etat recourt principalement à un endettement supplémentaire. Comme le taux d'endettement se situe actuellement à environ 16% du produit intérieur brut (PIB), la Russie disposerait encore d'une marge de manœuvre suffisante pour emprunter davantage, estime l'économiste. «La situation économique ne contraindra pas Poutine à signer un accord de paix.»
Les dépenses militaires ont entre-temps augmenté pour dépasser les 8% du PIB. Vasily Astrov ne pense toutefois pas qu'un armistice russe plongerait l'économie russe dans une crise. Au contraire: les investissements dans l'industrie de l'armement devraient rester élevées pour reconstituer les stocks fortement réduits.
«Par ailleurs, l'économie privée bénéficierait d'un assouplissement des sanctions», ajoute-t-il. D’après l'expert, une paix ne serait envisageable que si Poutine peut, au moins en partie, la présenter comme une victoire.