Exclusion du système bancaire Swift, plafonnement des prix des produits pétroliers, interdiction d’importer de la vodka ou des diamants: depuis février 2022, la Suisse a repris, par étapes successives, l’essentiel des sanctions adoptées par l’Union européenne (UE) contre la Russie. Récapitulatif.
Quatre jours après l’invasion de l’Ukraine par Moscou en février 2022, Berne se rallie intégralement aux premières mesures européennes. Des sanctions financières visent le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre Mikhaïl Michoustine et le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov. Cinq oligarques sont frappés d’interdiction d’entrée. La Suisse soutient également l’exclusion de la Russie du réseau bancaire Swift et étend aux régions de Donetsk et Louhansk l’embargo déjà en vigueur depuis 2014 contre la Crimée. Son espace aérien est fermé aux avions russes.
En mars 2022, le Conseil fédéral reprend l’ensemble des sanctions financières de l’UE et décrète de nouveaux contrôles à l’exportation. Les biens à double usage, civil et militaire, ne peuvent plus être livrés à la Russie. Les exportations liées au raffinage du pétrole, aux secteurs énergétique, aéronautique et spatial sont interdites, tout comme les investissements dans l’énergie russe. Les importations de fer et d’acier sont stoppées et les biens de luxe bannis.
Des avoirs gelés
En avril 2022, Berne applique largement le cinquième paquet européen, comprenant un embargo sur le charbon, le bois et la vodka. Un embargo sur le pétrole brut et certains produits pétroliers suit. Fin avril, 7,5 milliards de francs d’avoirs russes sont gelés en Suisse. En 2023, la Suisse adopte le plafonnement des prix des produits pétroliers russes décidé par l’UE et le G7, puis interdit l’achat d’or russe. Les sanctions sont élargies à des membres de l’armée, à des médias d’Etat et à de nombreuses entreprises. Berne renforce également les mesures contre la Biélorussie afin d’éviter tout contournement et durcit celles visant l’industrie iranienne des drones.
Début 2024, l’interdiction d’importer des diamants russes entre en vigueur, de même que celle concernant la fonte brute et le gaz de pétrole liquéfié. Les listes de personnes et d’entités sanctionnées continuent de s’allonger. En avril, le Parlement refuse toutefois d’adhérer à la task force internationale chargée de traquer les avoirs des oligarques russes, invoquant la préservation de l’indépendance de la Suisse.
A l’été 2024, de nouvelles sanctions visent la plateforme pro-russe Voice of Europe, accusée de campagnes de désinformation. Plus de 2200 personnes, entreprises et organisations figurent alors sur la liste suisse. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ouvre des dizaines de procédures pour violations des sanctions. En 2025, la Suisse poursuit son alignement sur les 15e et 16e paquets européens. Elle interdit notamment la reconnaissance de certaines décisions judiciaires russes concernant des litiges avec des entreprises suisses. Les exportations de minerais de chrome et de logiciels pour le secteur énergétique sont proscrites. Des dizaines de personnes, d’entreprises et de navires supplémentaires sont sanctionnées.
Eviter les contournements
A l’été 2025, Berne cible la «flotte fantôme» russe et abaisse, en coordination avec l’UE, le plafond du prix du pétrole brut russe à 47,60 dollars le baril. Elle introduit aussi une interdiction d’importer des produits pétroliers raffinés à partir de brut russe dans des pays tiers. En avril 2025, 7,4 milliards de francs d'avoirs liés à des personnes et entités sanctionnées sont gelés en Suisse, auxquels s’ajoutent 7,45 milliards appartenant à la Banque centrale russe. Au total, 1859 personnes et 541 entreprises figurent sur la liste noire suisse.
En octobre 2025, la Suisse applique une nouvelle série de restrictions industrielles et militaires issues du 18e paquet européen, tout en renonçant à sanctionner deux banques régionales chinoises visées par l’UE. Elle renforce en revanche la lutte contre les contournements via des Etats tiers. Pour février 2026, l’Union européenne prépare un 20ème paquet de sanctions, incluant notamment une interdiction étendue des services maritimes liés au transport de pétrole russe, à l’occasion du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.