Cette petite île suédoise au charme médiéval et aux paysages côtiers à couper le souffle attire chaque année plus d'un million de visiteurs. Mais derrière ce décor de rêve, l'atmosphère se durcit. Surnommée «l'ancre de l'OTAN», Gotland se retrouve au coeur des tensions entre l'Alliance et Moscou.
Située en pleine mer Baltique, à environ 300 kilomètres de l’enclave russe de Kaliningrad, l’île suédoise occupe une position stratégique majeure sur l’une des voies maritimes les plus sensibles d’Europe. Pour Vladimir Poutine, un contrôle de Gotland offrirait un levier militaire considérable. Des experts avertissent qu’une telle prise «modifierait considérablement l’équilibre des pouvoirs» dans la région et permettrait à Moscou d’y établir une base avancée.
Un point stratégique pour l'Europe
En réponse, l’île se remilitarise à grande vitesse. Systèmes de missiles modernes, nouvelles casernes, centres de surveillance: les infrastructures de défense se multiplient à mesure que les craintes grandissent. En cas de conflit ouvert avec l’OTAN, la mer Baltique deviendrait un axe logistique vital. L’objectif est double: dissuader toute tentative d’invasion du Kremlin pour y lancer des attaques sur l'Europe et surveiller les opérations de sabotage attribuées à la Russie.
Démilitarisée en 2005, Gotland a été réarmée dès 2015 après l’annexion de la Crimée. Depuis l’adhésion de la Suède à l’OTAN en 2024, elle constitue un maillon central du dispositif nordique. Stockholm prévoit d’y déployer jusqu’à 4000 soldats d’ici 2027. Des chars Leopard, des véhicules blindés CV90 et des systèmes de défense antiaérienne y ont déjà été déployés. L’île peut également accueillir des avions de chasse, et un projet de réactivation d’une base navale est à l’étude, alors que l'OTAN renforce sa présence. L'île avait déjà joué un rôle essentiel dans le contrôle de la région lors de la guerre froide.
Un cas complexe pour Poutine
Si l’île tombait aux mains de Moscou, les Etats baltes et la Finlande seraient fortement exposés. Les renforts terrestres ne pourraient passer que par le corridor étroit de Suwalki, entre la Pologne, Kaliningrad et le Bélarus, souvent qualifié de «talon d’Achille» de l’OTAN. Un axe jugé vulnérable et insuffisant en cas de guerre ouverte.
Plusieurs analystes estiment toutefois qu’une prise de Gotland par la Russie serait extrêmement complexe. Une opération amphibie ou aéroportée contre un territoire défendu et entouré de pays membres de l’OTAN représenterait un défi logistique majeur pour Moscou.
L'OTAN multiplie les exercices
La vigilance s’explique aussi par la montée des actions hybrides en mer Baltique. La «flotte fantôme» russe, accusée de contourner les sanctions, est soupçonnée d’être impliquée dans des sabotages de câbles et pipelines sous-marins. Par sa position, Gotland permet de surveiller ces mouvements et les activités navales russes.
Face à ces menaces, l’OTAN multiplie les exercices. L’opération «Gotland Sentry» a testé la capacité de déploiement rapide de forces alliées. En 2025, des troupes britanniques, américaines et suédoises ont simulé un scénario d’invasion, tandis que Stockholm a investi environ 135 millions de francs pour renforcer la défense de l’île.