Des tests sur des migrants?
Un «rayon thermique», la nouvelle arme qui fait polémique aux Etats-Unis

Les Etats-Unis envisagent de tester un «rayon thermique» à la frontière avec le Mexique. Présentée comme non létale, cette arme destinée à disperser les foules suscite déjà de nombreuses questions sur ses risques et son usage.
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Pete Hegseth a signé un mémo qui autorise le ministère américain de la Sécurité intérieure à effectuer des tests avec une arme controversée.
Photo: Imago
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Wiebke Köhne

La sécurité des frontières et le contrôle de l’immigration figurent parmi les priorités de Donald Trump. L’administration américaine s’apprête désormais à tester une arme controversée en vue d’une éventuelle utilisation à la frontière avec le Mexique: l’Active Denial System (ADS), plus couramment surnommé «rayon thermique».

Selon CNN, une note autorisant ces essais a déjà été signée par le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth. Le dispositif doit être mis à disposition pour une première période de sept mois. Le document ne détaille toutefois ni les modalités des tests ni l’usage précis qui pourrait ensuite en être fait.

D’après plusieurs responsables actuels et anciens des douanes et de la protection des frontières américaines, l’utilisation de cette arme pour disperser des groupes de personnes à la frontière américano-mexicaine a déjà fait l’objet de discussions en interne.

Comment fonctionne cette arme?

Cette arme non létale à haute énergie projette un faisceau concentré d’ondes millimétriques invisibles, d’une fréquence de 95 gigahertz. Selon l’armée américaine, sa portée peut atteindre environ 800 mètres. Le système est piloté depuis un poste de contrôle et généralement équipé de caméras, notamment infrarouges pour une utilisation de nuit.

Le principe repose sur des ondes électromagnétiques, également utilisées sous une autre forme dans les fours à micro-ondes. Ceux-ci fonctionnent toutefois à une fréquence bien plus basse, d’environ 2,45 gigahertz.

Quel effet sur la peau?

Les ondes émises par l’ADS ne pénètrent la peau que sur environ 0,4 millimètre et ne provoquent généralement pas de lésions cellulaires. Elles produisent en revanche une intense sensation de brûlure à la surface de l'épiderme, comparable à celle ressentie lorsqu’on ouvre un four très chaud. L’objectif est de provoquer un réflexe immédiat de fuite chez les personnes visées.

Cette sensation disparaît en principe rapidement une fois la personne sortie du faisceau. Certains militaires ont néanmoins rapporté des picotements persistants pendant 10 à 15 minutes après l'exposition. L’«International Business Times» mentionne également deux cas documentés de brûlures au deuxième degré. L’un d’eux remonte à 2007, lorsqu’un membre de l’armée de l’air américaine avait été exposé trop longtemps au faisceau lors d’un exercice.

Une brûlure au deuxième degré touche l’épiderme ainsi qu’une partie plus profonde de la peau. Elle se manifeste généralement par des rougeurs douloureuses et l’apparition de cloques.

Quelles sont les préoccupations?

L’utilisation de l’ADS est loin de faire l’unanimité. Les Etats-Unis avaient déployé brièvement ce type d’arme en Afghanistan il y a près de vingt ans, avant d’y renoncer. En 2018, l’idée de permettre aux agents chargés de la frontière de l’utiliser contre des migrants avait également été écartée par la secrétaire à la Sécurité intérieure de l’époque, Kirstjen Nielsen.

Interrogé par CNN, un ancien responsable des douanes et de la protection des frontières américaines s’interroge sur l’utilité d’un tel dispositif à la frontière mexicaine. Il souligne notamment les questions juridiques qui se poseraient si une personne visée se trouvait encore sur le territoire mexicain.

Mais les principales inquiétudes concernent surtout les conséquences directes ou indirectes de son utilisation. «Même si elle permet de repousser les gens vers le fleuve, il ne faut pas qu’ils finissent par s’y jeter et se noyer», avertit-il.

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