Une prime pour chaque avocat de migrant qui persuaderait son client de quitter l'Italie. La proposition provient du gouvernement de Giorgia Meloni et suscite une vive controverse chez nos voisins transalpins. Selon le média «Il Sole-24 Ore», cité par BFMTV, la coalition au pouvoir souhaiterait débloquer 246'000 euros pour cette mesure en 2026 et même 492'000 euros pour 2027 et 2028. Par avocat, cela correspondrait à une prime de 615€, selon des calculs de la chaîne d'information italienne Sky TG24.
Très peu commentée dans un premier temps, la proposition a passé la rampe au Sénat le 17 avril. Ce mercredi 22 avril, ce sera au tour de la Chambre des députés de se prononcer sur la mesure. Elle s'inscrit dans un projet de loi sécuritaire plus global portant sur plusieurs thématiques, parmi lesquelles les mineurs, les contrôles de sécurité ou encore les manifestations.
Mais c'est bien la question de la prime aux avocats qui suscite son lot de critiques tant de la part de l'opposition que des professionnels de la justice. Destiné à administrer la fameuse prime en cas d'adoption du projet, le Conseil national du barreau s'est publiquement opposé à la mesure, rapporte «Il Sole-24 Ore». L'institution assure qu'elle n'a «jamais été informée de cette implication: ni avant la présentation de l'amendement, ni pendant son examen parlementaire, ni après son adoption».
Une mesure «contraire au droit»
Même son de cloche du côté du l'Union des Chambres Criminelles. Pour cette association de défense des intérêts des avocats pénalistes, la mesure entre en conflit direct avec les exigences déontologiques du métier. «L’avocat ne peut être rémunéré pour obtenir le résultat souhaité par l’Etat, il doit assister son client en toute liberté et indépendance», affirme-t-elle. Le Congrès de l'Ordre des avocats italiens s'est lui aussi publiquement opposé au projet, note le média en ligne «Il Post».
Les avocats ne sont d'ailleurs pas les seuls dans le milieu judiciaire à contester la proposition du gouvernement de Giorgia Meloni. L'Association nationale des magistrats s'est également fendue d'un communiqué pour dénoncer une mesure «consternante» allant «à l'encontre de l'idée même de défense, car cela lie la prime à l'échec de la défense, ce qui est contraire à la logique avant même d'être contraire au droit».
Dans la sphère politique aussi, les critiques vont bon train, l'opposition rejetant catégoriquement la proposition. Valentina d'Orsi, députée de la formation populiste Mouvement cinq étoiles, estime que la coalition au pouvoir cherche à «instrumentaliser les avocats pour mettre en œuvre ses choix politiques en matière d'immigration». Riccard Magi, secrétaire du parti centriste +Europa, fustige pour sa part un décret «à deux doigts de l'ICE de Trump». A gauche, enfin, la députée du Parti démocrate Debora Serracchiani, s'est émue d'une mesure «portant atteinte à la dignité» des avocats.