Une famille suisse réalise son rêve à Majorque
«Nous ne sommes pas vraiment animés par l’argent et la performance»

Quitter la Suisse pour s’installer là où les autres passent leurs vacances: c’est le choix audacieux qu'ont fait Doris et Rolf Felber. Avec leurs deux enfants, ils ont troqué leur quotidien helvétique pour une nouvelle vie sous le soleil des Baléares.
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Pendant des années, le couple Felber a passé ses vacances à Majorque avec ses enfants, Roy et Amélie.
Photo: zVg

En bref

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  • Une famille suisse avec deux enfants a décidé d'aller au bout de son rêve en s'installant à Majorque.
  • Sur place, ils ont fait l'acquisition d'une petite maison pour 295'000 francs.
  • Afin d'assurer leur quotidien sous le soleil des Baléares, ils cumulent désormais plusieurs emplois pour gagner leur vie.
Corine Turrini Flury

Pendant des années, la famille Felber, originaire de Breitenbach dans le canton de Soleure, a passé ses vacances à Majorque, dans les îles Baléares, avec ses enfants Roy et Amélie, respectivement âgés de 17 et 16 ans. Dans sa jeunesse, Doris Felber y avait déjà vécu et travaillé pendant deux ans, ce qui lui a permis de parler couramment espagnol. C’est elle qui a été le véritable moteur de leur expatriation en 2023.

«Beaucoup de choses ont changé depuis mon séjour de l’époque. Le coût de la vie a augmenté, mais les salaires sont restés à peu près au même niveau», explique Doris Felber. Cet écueil n’a pourtant pas suffi à freiner le couple dans la concrétisation de ce vieux rêve. «A chaque séjour à Majorque, nous nous sommes sentis chez nous et à l’aise. La sérénité et la gentillesse des gens, la nature, beaucoup de soleil et peu de pluie, c’est ce que nous apprécions. Il y a ici une énergie indescriptible, mais aussi du calme», explique Rolf Felber.

L'enseignement à domicile pour les enfants

Le couple a néanmoins longtemps hésité à s'expatrier. «Surtout à cause de nos enfants en âge scolaire. Nous avions des inquiétudes concernant l'école et leur éducation», explique le père, Rolf Felber. C'est la période du Covid qui a été déterminante pour que la famille concrétise plus tôt son projet d'expatriation. «A cette époque, les enfants suivaient des cours en ligne et faisaient l’école à la maison. Ils étaient même davantage motivés et apprenaient bien», raconte leur mère.

Au même moment, un décès survenu dans leur cercle familial très proche a poussé le couple à une remise en question fondamentale. Les Felber prennent alors douloureusement conscience de la brièveté de la vie face aux coups du sort, et du fait qu'on ne rattrape jamais le temps perdu. Parallèlement, le culte de la performance, la jalousie et la rancœur ressentis en Suisse leur pesaient de plus en plus. Doris Felber résume leur état d'esprit: «Nous ne sommes pas vraiment animés par l’argent et la performance. D'autres valeurs comptent à nos yeux. Nous voulions passer plus de temps ensemble en famille, plutôt que de simplement travailler beaucoup pour payer les factures.»

Une maison abordable sur la côte sud-est

«Si ce n’est pas maintenant, alors quand?», se sont demandé les parents, qui ont concrétisé leur projet en cherchant un appartement ou une maison à Majorque, des possibilités d’emploi pour eux-mêmes et des solutions scolaires pour Amélie et Roy. L’enthousiasme des deux adolescents pour l’expatriation était d'abord modéré. L’idée de laisser leurs camarades derrière eux leur était difficile à accepter. «Le temps de trajet entre la Suisse et Majorque est court, ce qui a également été un facteur déterminant dans notre choix de Majorque, afin de pouvoir maintenir le contact avec notre famille et nos amis en Suisse», explique Doris Felber.

Les Felber ont vendu leur spacieuse maison individuelle, dans laquelle Doris disposait de son propre salon de beauté, et ont acheté une maison dotée d'un studio d'hôtes à l'étage pour 295'000 francs. Le bien se situe à Calas de Mallorca, une station touristique de la côte sud-est nichée entre Porto Cristo et Portocolom.

Le lotissement, très calme, ne compte que sept logements et dispose d'une piscine commune. La ville de Manacor, avec ses restaurants, ses cafés, ses bars et ses commerces, se trouve à environ 15 minutes, tandis que l'aéroport est à une cinquantaine de minutes de route. La plage la plus proche et plusieurs criques parmi les plus belles de l'île, aux eaux cristallines, sont accessibles à pied. Pourtant, la famille helvétique fréquente peu le bord de mer en haute saison. «Nous allons surtout à la plage hors saison touristique, d'octobre à mai», explique le père.

Ils préfèrent les excursions dans la nature et la randonnée au Ballermann et aux fêtes. Le couple apprécie particulièrement le printemps et l'automne, saisons où les paysages se révèlent magnifiques et les températures très agréables. «Nous aimons aussi beaucoup rester chez nous lorsque nous ne travaillons pas et que nous n’avons pas de rendez-vous», explique Rolf Felber, qui exerçait auparavant comme concierge d'école en Suisse.

Défis quotidiens et débrouille sur place

Pour la famille, Majorque n’est plus un lieu de vacances, mais le quotidien. Cela inclut l’école, le travail et la recherche d’un revenu. «Les débuts à Majorque ont été plus difficiles que prévu. Personne ne nous attendait ici. Les certificats de travail et les diplômes suisses n’intéressent personne. Il faut simplement faire preuve de flexibilité», explique Rolf Felber.

Il a trouvé dès le début un emploi dans l’entretien, mais les missions sont irrégulières. Du printemps à l’automne, il complète ses revenus en tant qu’entraîneur de football junior au Fussicamp de Cala Millor, où il entraîne le matin, du lundi au vendredi, des enfants âgés de 6 à 16 ans. «J'aime bien jouer au foot avec les enfants et, en scooter, il me faut à peine 20 minutes pour aller de chez nous au terrain d'entraînement», raconte cet ancien footballeur amateur titulaire d'un diplôme d'entraîneur.

De son côté, Doris a vite réalisé que les mandats de maquilleuse se faisaient rares sur l'île. Elle développe actuellement son activité en tant que créatrice de bijoux et conseillère en style et en mode, tout en arrondissant ses fins de mois en tant que garde d’animaux et soigneuse. «Les chats errants non castrés constituent un vrai problème local. Je m'engage volontiers pour eux, j'ai sans doute un peu le syndrome du sauveur», confie cette amoureuse des animaux dans un éclat de rire. Le couple suisse le confirme: cumuler plusieurs casquettes n'a rien d'exceptionnel aux Baléares. Entre deux activités, les parents continuent de se former via des cours en ligne afin d'élargir leurs compétences.

«Malgré tout, nous passons plus de temps ensemble et concrétisons des idées et des projets en famille.» Dernièrement, un jeu de pronostics en ligne pour la Coupe du monde de football 2026. Les Felber ont reversé les bénéfices à des associations de protection de la nature et des animaux. Ils prévoient de rééditer leur jeu de pronostics pour la Coupe du monde féminine de football 2027.

De nouvelles opportunités et possibilités pour les enfants

Du côté des adolescents, Amelie et Roy ont eux aussi trouvé leur équilibre. Tous deux suivent désormais l'école à la maison en ligne, avec programme officiel, examens et bulletins, exactement comme ils l'avaient expérimenté pendant la pandémie en Suisse. Roy a déjà obtenu son diplôme, Amélie y travaille encore. Les deux enfants parlent espagnol et anglais, se sont fait de nouveaux amis et voient les possibilités qui s’offrent à eux dans leur nouvelle patrie pour réaliser leurs rêves.

A Majorque, Roy s’est rapproché de son rêve d’une carrière dans le sport automobile et fait partie d’une équipe professionnelle depuis cette année. Roy Felber: «L’expatriation a d’abord été un choc, mais je n’aurais pas eu la chance de faire de ma passion mon métier en Suisse.» Quand Roy ne s'entraîne pas ou ne participe pas à des courses de championnat, il gagne sa vie en tant que mécanicien au sein de l'équipe professionnelle. Il arrondit ses fins de mois en nettoyant les piscines du lotissement. «Cela ne suffit pas pour financer ce sport coûteux et nous ne pouvons pas tout prendre en charge. Il doit donc trouver des sponsors supplémentaires», explique son père.

Amélie, pour sa part, vise une carrière d’actrice. Elle suit des cours dans une école d’art dramatique, travaille comme doubleuse et souhaite intégrer une école de théâtre professionnelle après avoir obtenu son diplôme. «Quitter la Suisse a été une étape brutale, et je n'arrivais pas à m'imaginer vivre ici. Aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir bâtir ma vie sur place et je ne voudrais pour rien au monde faire machine arrière», confie l'adolescente.

Séjour hivernal temporaire en Suisse

Les Felber vont temporairement revenir en Suisse cet hiver et travailler dans la station de ski grisonne de Samnaun, avant de repartir pour Majorque au printemps. Amélie effectuera un stage dans un hôtel à Samnaun, Roy travaillera comme moniteur de ski, leur papa sera chargé du service après-vente dans un magasin de sport et leur maman travaillera à la vente. Cela leur permettra de renflouer ensemble le budget familial pendant les mois d’hiver, tandis que les enfants pourront acquérir de nouvelles expériences pour leur parcours professionnel. «Nous soutenons les talents et les passions de nos enfants. Nous voulons leur donner la possibilité de s’épanouir tant sur le plan professionnel que personnel», explique la mère.

Les Felber ne regrettent pas leur départ, même s’ils ont également découvert les aspects négatifs de ce paradis de vacances ensoleillé. Ils se sentent chez eux à Majorque, se sont fait des amis et s’accordent à dire que cette expatriation a encore plus soudé leur famille. Rolf Felber conclut: «Nous gagnons moins d’argent ici, mais nous avons une meilleure qualité de vie et plus de temps à consacrer à notre famille.»

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