«Si tu me quittes, je te tue»
Ces «red flags» auraient précédé le massacre de 8 enfants en Louisiane

Le dimanche 19 avril, à Shreveport, en Louisiane, un homme de 31 a tué huit enfants, dont sept étaient les siens. D'après les médias américains, la famille des victimes avait noté plusieurs signes précurseurs du drame.
A l'aube du dimanche 19 avril, Shamar Elkins, 31 ans, a tué huit enfants, dont sept étaient les siens, alors qu'ils dormaient dans leurs lits.
Photo: AP
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

En contemplant la page Facebook de Shamar Elkins, 31 ans, personne n'aurait pu deviner qu'il s'apprêtait à assassiner huit enfants, dont sept étaient les siens. Cet employé d'UPS, ancien militaire de la Garde nationale de l’armée de Louisiane, venait tout juste de poster une photo de famille rayonnante, prise après la messe de Pâques, rapporte le «Washington Post». En légende, il se réjouissait d'avoir passé une «journée bénie» en compagnie de ses proches. 

Deux jours plus tôt, il publiait une photo de sa fille aînée, âgée de 11 ans, en train de croquer à pleines dents dans un sandwich. «Petit tête-à-tête avec ma grande», commentait-il, toujours sur Facebook. Qui aurait pu prédire que la fillette allait périr moins de 48h plus tard, sous les balles de son propre père? 

Car à l'aube du dimanche 19 avril, le tireur présumé a tué ses sept enfants, âgés de 3 à 11 ans, ainsi que leur cousin, alors qu'ils dormaient dans leurs lits. Il aurait également tiré à neuf reprises sur son épouse et son ex-compagne, domiciliée juste à côté. Les deux femmes sont dans un état critique. La soeur de son épouse, ainsi que sa fille de 12 ans, également présentes, se sont échappées en sautant du toit. Après une brève course poursuite avec la police, Shamar Elkins a été abattu. Le massacre a été décrit comme la pire tragédie que la ville ait jamais connue. 

Des «idées noires» constantes

En pleine procédure de divorce, l'homme avait été hospitalisé en janvier pour une évaluation de santé mentale, rapporte la CNN. D'après son beau-frère, il peinait à accepter la séparation et avait tenté de mettre fin à ses jours en février. Lorsque ses proches lui proposaient du soutien moral, il répondait simplement qu'il «gérait la situation», balayant leurs inquiétudes. 

Ses parents l'avaient toutefois trouvé particulièrement dépité et découragé, lorsqu'il leur parlait au téléphone, estimant qu'il paraissait «stressé» quant à l'état de son mariage. Shamar Elkins serait allé jusqu'à leur avouer qu'il voulait mourir et que des «idées noires» le poursuivaient constamment. «Lorsque je lui ai assuré qu'il pouvait s'en sortir, il m'a répondu que certaines personnes sont simplement incapables d'affronter leurs démons», a notamment raconté le père du tireur, auprès du «New York Times». L'un de ses collègues constatait, par ailleurs, qu'il avait pour habitude d'arracher ses propres cheveux, de manière machinale, lorsqu'il se sentait anxieux, au point de créer une calvitie. 

Shamar Elkins avait également menacé sa femme, Shaneiqua Pugh, âgée de 34 ans, lui promettant qu'il la tuerait, ainsi que leurs enfants, si elle daignait le quitter. Même avant leur mariage, il avait déjà tenu ce genre de propos, affirmant aussitôt qu'il plaisantait, ajoute le média américain. Le couple était censé paraître devant le tribunal ce lundi 20 avril, le lendemain du drame, pour finaliser le divorce. 

Des signaux d'alarme souvent ignorés

La semaine s'est avérée particulièrement sombre, pour les Etats-Unis. Quelques jours auparavant, un ex-lieutenant-gouverneur de l'Etat de Virginie, Jusin Fairfax, avait assassiné sa femme, avant de se suicider. D'après le «Washington Post», les deux tueurs présentent des similitudes frappantes, que les chercheurs identifient officiellement comme étant des «red flags», ou des signes précurseurs non-négligeables: chacun d'entre eux possédait une arme, traversait une procédure de divorce très tendue et exprimait des pensées dépressives auprès de ses proches. A noter que Shamar Elkins avait été jugé, en 2019, pour un usage illégal d'armes: d'après le «New York Times», il aurait tiré cinq fois sur une voiutre, juste à côté d'une école. 

«Il est beaucoup trop facile de congédier ces signes comme étant de simples conséquences d'une séparation difficile, affirme Kathryn Spearman, professeure spécialisée dans les violences domestiques, auprès du média américain. Ce genre de caractéristiques sont des signaux d'alerte importants et requièrent une attention particulière, même si la personne semble tout à fait bienveillante, vue de l'extérieur. Le système doit reconnaître ces signes comme étant des facteurs de risque de violence.» Pour la chercheuse, un bon point de départ serait de mieux former la police, les professionnels de la santé et les avocats à reconnaître ce type de spirale dépressive, pouvant aboutir sur un tel désastre. 

D'après une étude du Violence Policy Center datant de 2023, c'est aux Etats-Unis que les femmes courent le plus grand risque d'être assassinées dans leur domicile. «L'image qu'on renvoie au monde ne s'aligne pas toujours avec la réalité que vivent les femmes et les enfants, derrière des portes closes», conclut Kathryn Spearman.

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