Gerry Adams, dirigeant historique du parti nationaliste irlandais Sinn Fein, a assisté lundi à Londres à l'ouverture du procès au civil intenté par trois victimes d'attentats à la bombe commis par l'Armée républicaine irlandaise (IRA), qui l'accusent d'en avoir été l'un des responsables. Ce procès inédit, devant la Haute Cour de Londres, doit durer jusqu'au 17 mars.
L'ancien chef politique nord-irlandais de 77 ans, qui a toujours nié avoir joué un rôle au sein de l'IRA, doit témoigner dans le courant de la semaine.
Les trois plaignants ont été blessés lors d'attentats commis en Angleterre qui ont fait trois morts entre les années 1970 et 1990, pendant la période dite des «Troubles» en Irlande du Nord.
Il s'agit de John Clark, victime de l'attentat à la bombe du tribunal de l'Old Bailey à Londres en 1973, Jonathan Ganesh, victime de l'attentat à la bombe des Docklands de Londres en 1996, et Barry Laycock, victime de l'attentat à la bombe du centre commercial Arndale à Manchester en 1996.
Ils accusent Gerry Adams d'avoir été «directement responsable» de certaines décisions de l'IRA entre 1973 et 1996 et réclament une livre (soit 1,20 euro) symbolique au titre des dommages et intérêts.
«Aucune implication», selon l'accusé
Gerry Adams était à l'époque le leader du Sinn Fein – le bras politique de l'IRA –, et à ce titre, il avait «un pied dans chaque camp», a affirmé lundi Anne Studd, l'une des avocates des plaignants. Selon elle, l'ancien chef de parti est «directement responsable des décisions prises par cette organisation (l'IRA) et complices de celles-ci».
Les victimes, qui ont subi des «blessures durables», estiment que Gerry Adams est «aussi impliqué que les personnes qui ont posé et déclenché ces bombes», a-t-elle ajouté. L'avocate a affirmé que, dans les prochains jours, des preuves fournies par des agents des services secrets britanniques démontreraient son implication dans les attentats.
Anonymat et représailles
Les «Troubles» ont duré 30 ans et fait près de 3'500 morts, jusqu'à la signature des accords de paix du Vendredi Saint en 1998 – dont Gerry Adams était l'un des négociateurs. Ils ont opposé nationalistes républicains, principalement catholiques et favorables à la réunification de l'île d'Irlande, et loyalistes essentiellement protestants, attachés au maintien de la province sous la couronne britannique et appuyés par son armée.
La campagne d'attentats de l'IRA a coûté la vie à plus de 100 personnes et en a blessé des milliers d'autres en Grande-Bretagne. «Je n'ai eu aucune implication, directe ou indirecte, dans ces attentats», a écrit Gerry Adams en février dans le journal nord-irlandais Andersonstown News, dénonçant une «campagne de diabolisation» menée par «l'establishment britannique».
Pour son avocat, Edward Craven, les plaignants «n'ont présenté aucune preuve directe (...) démontrant que (Gerry Adams) ait joué un rôle quelconque» dans les attentats. Ils ont «une montagne à gravir» pour gagner leur procès, a-t-il affirmé.
Dans des documents écrits, il a affirmé que la demande de ces plaignants était «vouée à l'échec», tant sur le fond que pour des raisons de prescription des faits.
Séjours en prison
Gerry Adams avait pris la tête du Sinn Fein en 1983. Ses liens présumés avec les paramilitaires lui ont valu plusieurs séjours en prison dans les années 70, sans que la justice ne parvienne jamais à établir un lien.
Le Sinn Fein, qui plaide pour la réunification de l'Irlande, est par la suite devenu un parti politique établi. Sa vice-présidente, Michelle O'Neill, est la Première ministre d'Irlande du Nord depuis début 2024.
Le tribunal devra trancher sur une question épineuse: celle de l'anonymat de certains témoins. Ils seront une douzaine à témoigner pour les plaignants – avec parmi eux d'anciens membres de l'IRA et d'ex-militaires britanniques –, et certains ont indiqué craindre des représailles.
«L'IRA provisoire ou des personnes qui lui sont associées existent toujours», s'est inquiété l'un d'eux, selon l'avocate des victimes Anne Studd.