Le procès pour crimes de guerre de l'ex-président du Kosovo Hashim Thaçi, qui entre lundi dans sa phase finale à La Haye, décidera du sort de cet ancien chef rebelle qui a combattu pour l'indépendance de son pays avant d'en dominer la vie politique pendant plus de deux décennies.
Hashim Thaçi, 57 ans, est largement considéré au Kosovo comme un héros de la guérilla au sein de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), durant la guerre de 1998-1999 contre les forces serbes. La popularité de cet homme à la stature imposante et aux cheveux poivre et sel s'était envolée après la déclaration d'indépendance en 2008, que Belgrade n'a jamais reconnue. Il fut le premier Premier ministre du Kosovo indépendant, un poste qu'il a occupé pendant plus de sept ans, devenant ensuite président en 2016.
Crime organisé et meurtres de civils
Mais sa réputation a été sérieusement entachée quand un rapport du Conseil de l'Europe a évoqué en 2010 des liens possibles avec le crime organisé et les meurtres politiques de civils serbes, roms et de Kosovars albanais soupçonnés de collaboration avec Belgrade durant et après la guerre. Depuis, il a également du faire face à des accusations de corruption, de clientélisme et de manoeuvres politiques qui ont entaché la première décennie d'indépendance du Kosovo.
Hashim Thaçi a toujours farouchement proclamé son innocence dans une «guerre juste» contre l'oppresseur serbe, accusant la justice internationale de «réécrire l'Histoire». L'ancien guérilléro avait cependant démissionné en novembre 2020 après l'annonce de son inculpation par la justice internationale afin de préserver «l'intégrité» de la fonction présidentielle.
«Ce ne sont pas des moments faciles pour moi et ma famille, et pour ceux qui m'ont soutenu et ont cru en moi durant ces trois dernières décennies de lutte pour la liberté, l'indépendance et la construction d'une nation», avait-il déclaré en annonçant son retrait. Depuis, il est détenu à la Haye en attendant la fin de son procès où il plaide non coupable, avec 3 coaccusés.
La guerre d'indépendance contre les forces serbes de Slobodan Milosevic a fait 13'000 morts, pour la plupart des Kosovars albanais. Elle a pris fin avec une campagne de bombardements de l'Otan emmenée par les Etats-Unis. Une dizaine de hauts responsables de l'armée et de la police serbes furent par la suite condamnés par la justice internationale pour crimes de guerre au cours de ce conflit pendant lequel des milliers de civils albanais avaient été tués, torturés ou déplacés.
«Le Serpent»
Né le 24 avril 1968 dans le village de Burojë, dans la région occidentale de la Drenica, berceau du séparatisme kosovar albanais et place forte de l'UCK durant la guerre, Hashim Thaçi a participé dès le début des années 1990 à un mouvement de «résistance passive» contre les autorités de Belgrade.
Puis, parti vivre en Suisse, terre d'accueil pour une importante diaspora albanaise nationaliste, il a étudié l'histoire. C'est là qu'il s'est persuadé, avec d'autres exilés, que la politique d'opposition pacifique impulsée par le «père de la nation» kosovare albanaise, Ibrahim Rugova, ne donnerait aucun résultat.
Avec d'autres indépendantistes, il décide de créer un mouvement de guérilla pour lutter contre les forces de l'homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic. «Le Serpent» comme il était connu dans la clandestinité, fut le patron de l'aile politique de l'UCK. Au sortir de la guerre, Hashim Thaçi dépose les armes pour endosser les habits de l'homme politique, ce qui conduit Joe Biden, alors vice-président des Etats-Unis, à voir en lui le «George Washington du Kosovo».
Après la mort d'Ibrahim Rugova, vainqueur de tous les scrutins de l'après-guerre, Hashim Thaçi remporte les élections de novembre 2007. Il s'est maintenu pendant plus d'une décennie au sommet du pouvoir malgré les accusations de corruption et de capture des ressources de l'Etat lancées à son encontre par ses adversaires.