Une approche unique
A Nagano, les Japonais veulent cohabiter avec les ours

Face à une hausse des attaques d'ours au Japon, Nagano adopte une approche unique pour cohabiter avec ces animaux. Entre clôtures, chiens dressés et sensibilisation, le programme limite les conflits tout en protégeant les ours.
Akiko Takii inspecte une oursonne dans la préfecture de Nagano, le 14 juillet 2026.
Photo: AFP

En bref

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  • Dans le département de Nagano, au Japon, un programme lancé en 1995 propose une alternative à l'abattage des ours pour gérer leur population. Akiko Takii, qui pilote ce projet, privilégie la capture, l'anesthésie et le relâchement des ours, tout en collectant des données pour mieux les comprendre.
  • Plus de 3000 kilomètres de clôtures ont été installés et des chiens dressés utilisés pour éloigner les ours des zones habitées. A Nagano, les signalements restent stables à environ 1400 par an, malgré une hausse nationale des incidents liés aux ours.
  • En 2025, 14'000 ours ont été abattus au Japon, un record suite à l'augmentation des attaques mortelles (6 décès depuis le 1er avril 2026). A Nagano, la cohabitation a permis de réduire les incidents à 11 en 2025, contre 59 dans le département d'Akita.
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AFP Agence France-Presse

Lorsqu'un capteur se déclenche en forêt dans le département japonais de Nagano, Akiko Takii se précipite vers un piège à ours. Ce programme est présenté comme une alternative à l'abattage massif pratiqué ailleurs au Japon, théâtre d'une recrudescence d'attaques mortelles.

«Elle vient sans doute juste de quitter sa mère», dit-elle après avoir regardé l'ourse noire d'Asie de 15 kg, dont elle estime l'âge à un an et demi. Après s'être assuré que la mère n'est pas dans les parages et une fois l'oursonne anesthésiée, elle prélève des échantillons de sang et de poils. Trop petit pour être équipé d'une balise GPS, l'animal est relâché.

Ce programme a été lancé en 1995, lorsque les autorités ont constaté que la population d'ours diminuait dans cette région montagneuse du centre d'Honshu, l'île principale japonaise. Pour Akiko Takii, cette approche fondée sur la coexistence offre une alternative à l'abattage massif pratiqué ailleurs au Japon. «En n'en tuant pas trop, davantage d'ours survivent jusqu'à leur espérance de vie normale. Une population d'ours en bonne santé est ainsi en train de se former», explique-t-elle.

Clôtures et chiens

Le programme inclut également d'autres mesures destinées à limiter les contacts avec les humains. Plus de 3000 kilomètres de clôtures ont été installés près des exploitations agricoles, des villes et le long des rivières. Dans la région, des chiens spécialement dressés ont aussi été utilisés pour repousser les ours. Les animaux qui s'approchent des zones habitées peuvent être anesthésiés, marqués puis relâchés loin des maisons.

Selon les responsables du projet, cette stratégie a contribué à la fois à la reconstitution des effectifs d'ours, difficiles à évaluer précisément, et à une baisse des rencontres avec les humains. Ailleurs au Japon, cette vision reste toutefois minoritaire. Selon le ministère japonais de l'environnement, les ours ont tué six personnes dans le pays depuis le 1er avril, après un record de 13 attaques mortelles l'année précédente.

Deux fois plus de signalements

Les signalements ont doublé l'an dernier par rapport au précédent record et les animaux sont de plus en plus observés en périphérie des villes. Les causes sont complexes: les variations dans la disponibilité de nourriture, comme les glands, pourraient être liées au changement climatique. L'exode rural joue aussi un rôle important.

«En raison du dépeuplement [des campagnes], les habitants ne sont plus impliqués dans la nature et la forêt comme auparavant», souligne Shuichi Kitoh, professeur émérite d'éthique environnementale à l'université de Tokyo. Des fruits comme les kakis, poussant sur des arbres laissés à l'abandon, incitent notamment les ours à s'éloigner de leurs habitats et terrains de chasse naturels.

Pour Shuichi Kitoh, «ce n'est pas que les ours en général deviennent plus féroces». Selon lui, il faut plutôt identifier les individus les plus problématiques. Face à la hausse des incidents, le gouvernement a surtout privilégié l'abattage. Les consignes ont été élargies cette année aux ours présents dans les zones tampons autour des villes. Un nombre record de 14'000 ours ont été abattus lors du précédent exercice fiscal.

Une autre voie possible

Akiko Takii estime néanmoins que l'expérience de Nagano montre qu'une autre voie est possible. Le nombre annuel de signalements y est resté relativement stable autour de 1400 ces dernières années.

«
Les ours semblent être des créatures terrifiantes lorsqu'on ne les connaît pas bien
Mitsuko Sawanishi, parent d'élève
»

L'an dernier, le département a recensé onze incidents liés aux ours, dont un décès, contre 59 rencontres et quatre morts à Akita et cinq décès à Iwate, plus au nord. Malgré le doublement du plafond annuel d'abattage à Nagano, Akiko Takii poursuit ses actions de sensibilisation dans les écoles. Elle y apprend aux enfants à garder leur distance avec les ours et à ne pas laisser de nourriture à leur portée.

La scientifique «comprend bien le comportement des ours sauvages dans cette région et nous assure qu'ils ne sont pas agressifs», raconte Hiroshi Aruga, directeur d'une école. «Les ours semblent être des créatures terrifiantes lorsqu'on ne les connaît pas bien», résume Mitsuko Sawanishi, une mère d'élève. «Mais après ce cours sur les ours, je pense qu'il est important de maintenir une bonne distance avec eux et de vivre ensemble».

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