Association, pas adhésion
Après le vote «suisse» en Islande? Une révolution européenne

La victoire du «Non» lors du référendum du 28 août en Islande sur la reprise des négociations avec Bruxelles doit être prise très au sérieux par l'Union européenne. L'élargissement à tout va n'est pas la solution.
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Les Islandais ont choisi le 28 août, à 52,8% de majorité, de demeurer hors de l'Union européenne.
Photo: AFP

Il est faux de dire que l'intégration pleine et entière à l'Union européenne est la solution préférée des pays voisins du bloc communautaire. Les électeurs islandais viennent, à l'issue du référendum du 28 août, de le démontrer haut et fort. 52,8% d'entre eux se sont prononcés pour ne pas reprendre de négociations d'adhésion avec Bruxelles, préférant conserver le «statu quo» que constitue la participation de leur pays à l'Espace économique européen (EEE), aux côtés de la Norvège et du Liechtenstein. Les pays de l'EEE — que la Suisse a refusé de rejoindre en décembre 1992 — sont associés à l'UE et disposent d'institutions politiques et juridiques propres pour gérer leurs relations avec les 27 pays membres de l'Union.

L'important, pour la Commission européenne et pour le Conseil européen (qui représente les Etats membres), est donc maintenant d'en tirer les leçons. Pas pour l'Islande, dont l'affaire est réglée. La Première ministre islandaise, Kristrún Frostadóttir, a immédiatement refermé la porte: «Je veux être absolument claire: ce gouvernement ne poursuivra pas les négociations d'adhésion au cours de cette législature.» Idem du côté de l'UE qui, par un communiqué, «a pris note du résultat du référendum en Islande et respecte le choix du peuple islandais». En précisant: «L'Islande reste un partenaire proche de l'Union européenne.»

A la porte du bloc

Ces leçons valent pour les pays des Balkans occidentaux (Serbie, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Kosovo) qui frappent à la porte du bloc. Plus important encore: le référendum islandais peut servir d'argument vis-à-vis de l'Ukraine en guerre, à qui Bruxelles a promis l'adhésion à l'Union alors que les peuples de plusieurs pays (dont la France) risquent de s'y opposer par référendum lorsqu'ils seront consultés.

Que dit, en effet, le vote du 28 août sur l'île nordique? Il dit qu'un équilibre doit être trouvé, pour les pays voisins de l'UE, entre leur accès au marché intérieur et ce que l'Union peut exiger en retour. Il dit que les spécificités nationales (la pêche dans le cas de l'Islande, l'agriculture céréalière dans le cas de l'Ukraine...) méritent des exceptions. Il dit que les peuples, lorsqu'ils ont le sentiment d'avoir en main un «bon deal» et qu'ils peuvent voyager librement au sein de l'espace Schengen (dont l'Islande est membre), peuvent rester dans une antichambre.

Or cette antichambre existe. Elle a même été conçue comme une salle d'attente à l'Union européenne. Il s'agit de l'Espace économique européen, qui est même doté d'une Cour de justice, un temps présidée par un magistrat suisse, Carl Baudenbacher (au nom du Liechtenstein). Le vote «suisse» des Islandais ouvre donc une chance de redonner à l'EEE une vitalité et une pertinence.

Club de pays associés

Il est possible d'en faire un club de pays associés, ce qui changerait la donne au lieu de laisser les longues négociations d'adhésion s'enliser, et mobiliser des milliers de bureaucrates et diplomates. Un élargissement «à la carte» deviendrait ainsi possible. La lettre d'information «La Matinale européenne», très lue à Bruxelles, suggère même de transformer le statut islandais en PACS communautaire, qui pourrait être offert au Royaume-Uni pour stabiliser ses relations avec les 27. Pourquoi pas?

Les 270'000 électeurs islandais – sur une population de 400'000 – viennent peut-être de rendre un grand service à l'Union européenne en imposant ce que le bloc oublie souvent, empêtré dans ses règles et sa bureaucratie, mais aussi ligoté par les contradictions de ses Etats membres: le pragmatisme. Prenons l'Ukraine, qui subit des attaques aériennes de plus en plus meurtrières de la part de la Russie. Son rétablissement, à tous points de vue, sera long et compliqué une fois la guerre terminée. Pourquoi ne pas utiliser l'EEE comme un marchepied, comme une assistance immédiate et tangible au peuple ukrainien?

Urgente révolution

L'Union européenne aurait tort de voir dans le référendum du 28 août un désaveu du projet communautaire et de ses valeurs. Il ne s'agit pas de ça. La réalité est que le «tout ou rien» n'est la bonne solution pour personne. Les Suisses le savent, eux qui ont passé des décennies à négocier des accords bilatéraux compliqués, mais bons pour l'économie helvétique et européenne.

L'UE a, en plus, une révolution à faire, urgente, sur le plan diplomatique. Elle doit donner la priorité à la consolidation de sa puissance pour exister face aux empires: Chine, Etats-Unis, Russie. Son intérêt n'est pas, quoi qu'en pensent les pays récemment entrés dans le groupe et ceux qui sont candidats, d'avoir les mêmes règles pour tous d'un bout à l'autre du continent, car cela crée de dangereuses frustrations et nourrit le nationalisme.

Le «Non» des Islandais est une chance. A condition de savoir en tirer les bonnes leçons et de regarder avec précision ce qui existe — à savoir l'Espace économique européen — plutôt que de multiplier les promesses impossibles à tenir.

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