Les Islandais ont peut-être voté comme les Suisses en refusant, samedi 29 août, à 52,8%, la reprise des négociations d’adhésion avec l’Union européenne (UE). Oui. La comparaison est possible. Mais elle ne vaut pas pour la votation à venir sur le troisième paquet d’accords bilatéraux conclus par le Conseil fédéral fin 2024. Si l’on veut comparer les deux pays, c’est au référendum helvétique du 6 décembre 1992 qu’il faut revenir.
Il y a 34 ans, 50,3% des électeurs suisses ont refusé d’intégrer l’Espace économique européen (EEE, dont l’Islande est membre aux côtés de la Norvège et du Liechtenstein), largement parce qu’ils redoutaient de voir le Conseil fédéral ouvrir, ensuite, une négociation d’adhésion avec l’UE. Une demande officielle en ce sens (retirée en juillet 2016) avait été adressée à Bruxelles le 20 mai 1992 et l’UDC de Christoph Blocher s’était engouffrée avec succès dans la brèche. La comparaison avec l’Islande de 2026 tient donc la rampe. Dans les deux pays, c’est sur l’appartenance à l’Union, cet incontournable voisin dont leurs économies dépendent, que les citoyens se sont prononcés. Les uns en 1992. Les autres en 2026.
Avant-goût de la votation
Attention, en revanche, à ne pas voir dans le référendum islandais un avant-goût de la prochaine votation suisse sur les bilatérales, en 2027 ou 2028. Pourquoi? Parce que, dans le cas de la Confédération, ces accords sont précisément conçus pour tenir le pays à l’écart de l’Union, tout en lui réservant une place de choix à la table des 27 pays membres sur l’accès au marché unique communautaire et sur toute une série de sujets sectoriels. Il s’agit, en clair, de rapprocher la Suisse du statut actuel de l’île nordique, sans le carcan de l’Espace économique européen! Soit de consolider ce statut privilégié qu’une majorité d’électeurs islandais ont décidé de conserver, parce qu’il préserve leur souveraineté et protège leurs droits de pêche.
Un statut durable «à la Suisse»
Oui, le Conseil fédéral doit regarder de près les résultats islandais. Mais tous ceux qui les présenteront comme la preuve que les Suisses doivent refuser les prochaines bilatérales falsifieront la réalité. Le fait est que l’Islande vient d’opter pour un statut durable «à la Suisse», en marge de ce géant européen, mais au sein de l’espace Schengen dont l’île est membre, tout comme la Confédération.
L’on peut, sur la base du vote islandais, parler de l’attachement des peuples à leur souveraineté ou de la perte d’attractivité européenne. Le débat doit avoir lieu. Mais regardons les résultats de la votation islandaise en face: ils démontrent que lorsqu’un petit pays est arrimé à l’UE sans en être membre, avec la sécurité économique, juridique mais aussi stratégique que cela procure, il tient à préserver ce statut.
C’est cette leçon qu’il faut avant tout retenir.