Le Conseil fédéral a sans doute scruté de près les résultats du référendum islandais de ce samedi 29 août sur la reprise, ou non, des négociations d’adhésion avec l’Union européenne. C’est en effet, ce dimanche matin, le «non» l'a emporté de justesse. Selon les résultats définitifs, le «non» a devancé le «oui», avec 52,8% des suffrages contre 47,2%.
Un pays divisé
L’Islande, cette île plantée dans l’Atlantique Nord que la déroute de son système bancaire a failli emporter en 2009, a donc choisi de rester un Etat associé à l’UE, au sein de l’Espace économique européen (EEE, avec la Norvège et le Liechtenstein). Si ce résultat est confirmé, le pays se retrouvera divisé en deux. Mais l’attractivité du projet européen n’aura pas été au rendez-vous, comme l’espérait le gouvernement.
Pourquoi ce référendum est-il si intéressant pour la Suisse, qui votera, en 2027 ou 2028, sur le troisième paquet d’accords bilatéraux négociés et signés avec l’Union européenne? Parce que les Islandais devaient répondre à des questions proches de celles qui minent le débat helvétique: défense de leur souveraineté, attitude vis-à-vis du protecteur américain de la part d’un petit pays membre de l’OTAN mais sans armée, défense des ressources halieutiques. Dans un contexte géopolitique bouleversé par les ambitions américaines dans l’Arctique, le scrutin avait pourtant pris une dimension dépassant largement les frontières de cette île de moins de 400'000 habitants.
A distance de Bruxelles
Le référendum ne portait pas sur une adhésion immédiate à l’Union, mais sur une reprise des négociations d’adhésion, interrompues il y a treize ans, lorsque l’Islande avait dû être sauvée du naufrage financier par ses voisins européens. Comme le rappelait l’ancien commissaire européen Pascal Lamy à quelques jours du vote dans «Le Grand Continent», il s’agissait en quelque sorte d’un référendum «pour voir»: connaître les conditions que Bruxelles serait prête à offrir avant de décider, éventuellement, de rejoindre l’Union.
Or, face aux menaces de Trump sur le Groenland, les Islandais ont préféré rester à distance de Bruxelles à une très courte majorité. Ce qui laisse leur pays fracturé par la puissance d’un argument qui traverse depuis des décennies le débat européen, surtout en Suisse : la souveraineté.
Le magistrat suisse Carl Baudenbacher a présidé la Cour de justice de l’Association européenne de libre-échange (AELE, composée de la Suisse, de l’Islande, du Liechtenstein et de la Norvège). Il en tire une conclusion nuancée: «La majorité islandaise du non n’a pas tourné le dos à l’Europe, explique-t-il à Blick. Elle a affirmé son attachement à l’autodétermination dans des domaines politiques essentiels et au modèle EEE/AELE, doté de sa propre juridiction – sans se laisser impressionner par le vacarme d’un Donald Trump. Elle montre que la coopération européenne demeure possible en dehors de l’Union européenne, surtout pour un petit Etat dont l’opposition démocratique doit s’affirmer face à la puissance conjuguée du gouvernement, des médias publics et de l’université d’Etat.»
Tout s’est joué sur la pêche
Pascal Lamy avait pressenti, à juste titre, que tout se jouerait sur la pêche. L’asymétrie est évidente: les flottes européennes ont beaucoup à gagner d’un accès aux eaux islandaises, tandis que Reykjavik a essentiellement intérêt à protéger ses ressources.
Reste aussi une réalité qui vaut pour la Suisse, même si cette dernière n’est pas membre de l’Espace économique européen, auquel le peuple a dit non en décembre 1992, ouvrant la voie aux négociations bilatérales. L’Islande est en effet très largement intégrée à l’espace européen. Membre de l’EEE, l’île participe au marché unique et applique une part importante de la législation communautaire. Elle appartient également à l’espace Schengen depuis 2001.
D’où l’argument puissant des partisans du «non»: pourquoi adhérer lorsque l’on bénéficie déjà d’une grande partie des avantages économiques de l’Europe sans devoir abandonner davantage de souveraineté? A quelques milliers de voix près, les électeurs ont préféré le statu quo.