Pendant onze jours, l’ambassadeur suisse en Iran, Olivier Bangerter, et cinq collaborateurs sont restés à Téhéran malgré les frappes. Le 11 mars, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) du conseiller fédéral Ignazio Cassis a finalement tiré les rideaux: l'ambassade a été temporairement fermée. Après les attaques massives menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, la sécurité du personnel ne pouvait plus être garantie.
Lundi, Olivier Bangerter et Monika Schmutz Kirgöz, cheffe de la division Proche-Orient et Afrique du Nord, ont donné un aperçu des derniers jours à Téhéran devant les médias.
Du chocolat contre le stress
L'équipe a passé les nuits dans la cave de l'ambassade. Celle-ci n'est certes pas totalement à l'abri des bombes, mais elle résiste au moins aux tremblements de terre. «Nous avions six chambres à disposition», explique Olivier Bangerter. Chacun et chacune avait un endroit privé où se retirer. La situation à l'extérieur était instable: chaque jour, il y avait environ 150 à 200 attaques dans la province de Téhéran. Dès qu'il y avait des détonations à proximité de l'ambassade, l'équipe devait se réfugier dans la cave.
L'approvisionnement était assuré. «Nous étions bien préparés et avions de l'eau, des couvertures et de la nourriture», explique l'ambassadeur. On ne dormait pas sur des lits de camp, mais sur de vrais matelas.
Quant à la question du climat de travail, outre l'honnêteté et l'échange permanent d'informations, Olivier Bangerter a misé sur une tactique qui a fait ses preuves. «Mon arme secrète était le chocolat suisse. Il y avait une infinité de petits chocolats, et ils partaient très, très vite.»
Fuite par-dessus la frontière
Malgré la guerre, Olivier Bangerter a quitté Téhéran le cœur lourd: «C'est la ville où je vis, que je connais, où je me promène. Maintenant, elle est bombardée.»
Avant le départ, l’équipe aurait passé près de 24 heures à détruire du matériel sensible. «Le matériel informatique est détruit au marteau et à la perceuse. Cela fonctionne bien, même au 21e siècle.» Les collaborateurs suisses auraient fait leurs adieux à leurs collègues iraniens, leurs salaires leur avaient été versés à l'avance afin qu'ils puissent éventuellement déménager dans des régions plus sûres.
Le départ s'est finalement fait par voie terrestre en direction de l'Azerbaïdjan. Le voyage jusqu'à Bakou a duré environ dix heures. «Tout s'est très bien passé, c'était un long voyage avec peu d'incidents.» Les moments précédant le passage de la frontière ont été les plus tendus, avant un immense soulagement.
Mandat de puissance protectrice de la Suisse
L'ambassade de Suisse à Téhéran joue un rôle particulier: en tant que puissance protectrice, la Confédération représente les intérêts des Etats-Unis en Iran. «Certains ne sont pas très heureux de notre départ», reconnaît l’ambassadeur. Mais la décision se justifie.
Peu importe que d’autres pays, comme la France, la Norvège ou la Finlande, aient maintenu leur présence: la Suisse a procédé à sa propre évaluation des risques avec la conclusion que le danger auquel était exposé le personnel était trop élevé. «Quand on est responsable de vies humaines, on effectue cette analyse sérieusement.» Selon Olivier Bangerter, le risque n'était plus acceptable.
Malgré la fermeture physique de l’ambassade, les contacts ne sont pas rompus. A peine un jour et demi après son départ, Olivier Bangerter était déjà recontacté par des partenaires.
«Le canal de communication reste ouvert», souligne également Monika Schmutz Kirgöz. «La Suisse est prête à soutenir tout processus diplomatique contribuant à la désescalade et au retour au dialogue dès que les parties politiques le souhaiteront.» On ne sait pas quand le retour du personnel sera possible. Les autorités évaluent la situation en continu.