Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, alors que les cours du pétrole continuent de flamber. Désigné dimanche soir à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, le nouveau dirigeant n'est toujours apparu en public et a été blessé lui-même dans une frappe.
Donald Trump a au même moment déclaré que la nécessité de «stopper» l'Iran passait avant les prix du pétrole, toujours en hausse malgré la décision des pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) d'utiliser leurs réserves stratégiques. Dans son premier message, lu par une présentatrice de la télévision nationale, Mojataba Khamenei a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leur sol, et promis de venger les victimes de la guerre – «jusqu'au bout».
Longue guerre
Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne «la plus importante perturbation» de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'AIE. La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial, par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux.
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en pilonnant les intérêts occidentaux. Ali Fadavi, un de ces représentants, a brandi la menace d'une «guerre d'usure» à même de «détruire l'économie américaine entière» et «l'économie mondiale».
Téhéran «n'a plus rien à perdre»
Ces développements interrogent après les propos du président américain, qui a promis qu'une «grande sécurité» régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz, goulot d'étranglement par lequel transite d'ordinaire un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Le ministre américain de l'Energie a de son côté déclaré que l'armée n'était «pas prête» pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit. Pour Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), la Maison Blanche «ignore les leçons de l'histoire». «Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression», dit-il à l'AFP.
Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le «New York Times», en s'appuyant sur des sources parlementaires. Les ports pourraient eux-mêmes devenir une cible. L'armée américaine a appelé les civils iraniens à s'éloigner de ceux dans la région du détroit d'Ormuz, car s'ils sont «utilisés à des fins militaires, (ils) perdent leur statut protégé». Là encore, Téhéran menace d'une réponse symétrique, assurant qu'en cas d'attaque, «tous les ports et quais de la région deviendraient des cibles légitimes».
L'Iran «abandonnera toute retenue» et «fera couler le sang des envahisseurs» dans le Golfe, a insisté le président du Parlement iranien, l'influent Mohammad Bagher Ghalibaf. Il n'a cité aucune île en particulier, mais le média Axios jugeait récemment possible une attaque sur Kharg, hub pétrolier de l'Iran, sur la base de sources américaines. Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
«Nous prendrons des territoires»
Au Liban, victime collatérale de l'attaque israélo-américaine, les combats redoublent d'intensité, visant le mouvement pro-iranien Hezbollah. Les frappes israéliennes ont fait 687 morts, d'après les autorités. Mercredi soir selon Israël, dans une attaque coordonnée avec Téhéran, le Hezbollah a tiré 200 roquettes, une vingtaine de drones et des missiles balistiques sur tout Israël, soit le «plus important barrage» de feu du mouvement chiite libanais depuis le début de la guerre.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, dit envisager de prendre le contrôle de territoires de son voisin et a ordonné à son armée de se préparer à y «étendre» ses opérations.