Complotisme après le Hilton
Ils pensent que Donald Trump a organisé les attentats contre lui-même

Peut-on croire l'administration Trump et les versions de la police ou des services secrets? Aux Etats-Unis, les théories du complot fleurissent à propos des tentatives d'attentats contre le président. Surtout après celle du dîner des correspondants, à Washington.
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Donald Trump et son épouse Melania n'ont jamais été en danger direct ce samedi 25 avril au Washington Hilton.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ne croient pas aux versions officielles. Ils ne pensent pas que Cole Tomas Allen, le forcené de 31 ans inculpé par la justice américaine lundi 27 avril pour tentative d’assassinat sur Donald Trump, ait pu se retrouver, armé, au Washington Hilton, sans complicité.

Ils dissèquent depuis bientôt deux ans les informations et les images sur l'attentat qui a failli coûter la vie au candidat Donald Trump le 13 juillet 2024 à Butler, en Pennsylvanie, avant que le tireur de 20 ans, Thomas Matthew Crooks, soit abattu par un sniper de la police. Pour tous ceux qui pensent que la vérité est ailleurs, les tentatives d'attentat contre l'actuel président des Etats-Unis ne peuvent pas se résumer aux dires de la police et des services secrets.

Cole Allen, l'accusé

Ces théories conspirationnistes submergent les réseaux sociaux depuis que Cole Thomas Allen, un Californien de 31 ans diplômé d'une des meilleures universités technologiques du pays, a forcé le premier barrage de sécurité lors du dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche à Washington. Et elles ne se sont pas éteintes, loin s'en faut, après la révélation de son manifeste adressé par e-mail à ses proches juste avant les faits, dans lequel celui-ci affirme que «s'il avait pu trouver une autre solution pour arriver à ce résultat», il l'aurait choisie.

«Je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, un violeur et un traître de se salir les mains de ses crimes», écrit-il, visant à l'évidence Donald Trump et ses liens avec l'affaire du milliardaire pédocriminel Jeffrey Epstein. Plus confus encore, Cole Allen insiste dans son texte sur le fait que les membres de l'administration Trump sont des «criminels» qui méritent d'être pris pour cibles. Sauf un, justement: Kash Patel, le patron de la police fédérale aujourd'hui chargée de l'enquête...

Tsunami de questions

Pourquoi tant de doutes, alors que les images de vidéosurveillance du Washington Hilton montrent bel et bien l'assaillant en train de se ruer sur le barrage de sécurité, encore loin de la salle de bal où se trouvaient Donald Trump, son vice-président J.D. Vance et les membres de son administration? Pourquoi ce tsunami d'interrogations à propos de l'attentat de Butler, qui a donné lieu à la fameuse image iconique du candidat Trump, visage ensanglanté, le poing levé, entouré des agents du Secret Service? Et pourquoi le suspect interpellé dans la tentative d'attentat de septembre 2025 sur un golf de Floride, Ryan Wesley Routh (58 ans), nourrit-il ce complotisme XXL, caractérisé par l'utilisation du terme «staged» (monté de toutes pièces) dans ses publications sur les réseaux sociaux?

La première raison de cette éruption de questions est, bien sûr, le contexte national et international. Trump est un président dans le collimateur de l'affaire Epstein, ce scandale aux ramifications multiples qui vient de nouveau planer sur la Maison Blanche lors de la visite du roi d'Angleterre Charles III, en raison de l'implication passée de son frère Andrew. Trump est aussi un président enlisé dans une guerre contre l'Iran à laquelle son électorat MAGA (Make America Great Again) et une majorité d'Américains demeurent hostiles.

Trump doit enfin retrouver d'urgence du crédit auprès de ses concitoyens à quelques semaines de la commémoration, le 4 juillet, du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. S'y ajoute sa volonté d'entrer dans l'histoire. Or, quoi de mieux, comme preuve de son action, que d'avoir été la cible de plusieurs tentatives d'assassinat?

La police et le doute

Seconde raison: les faits, tels qu'ils sont présentés par la police. A propos de Butler, les complotistes estiment que la blessure superficielle du candidat n'était qu'un leurre. Ils affirment, études médicales à l'appui, qu’on ne pouvait pas guérir aussi vite d’un coup de feu. Ils rejettent les conclusions du FBI, selon lesquelles «l'oreille du président a bien été touchée par une balle, entière ou fragmentée». 

Le mot «canular» est même repris, y compris par des influenceurs de la sphère MAGA comme Tucker Carlson ou Joe Rogan, pourtant aperçu encore récemment à la Maison Blanche. L'ex-représentante républicaine de la Géorgie, Marjorie Taylor Greene, a même parlé de «mise en scène». Avec, dans ce cas, une conclusion mortelle qui permet à tous les scénarios de prospérer: pourquoi la police a-t-elle tué le tireur de Butler alors qu'il était possible de l'arrêter?

Les failles sécuritaires

Le troisième carburant de ces théories du complot porte sur les services de sécurité. Pour rappel, la patronne du service secret chargé de la protection de hautes personnalités américaines, Kimberly Cheatle, a démissionné en décembre 2024 à l'issue d'une audition au Congrès, suite au tir de Butler et à l'arrestation d'un homme armé sur le parcours de golf où Donald Trump se trouvait en Floride (il n'y était pas, toutefois, au moment de l'arrestation). 

Les interrogations portent sur la possible guerre des polices en Pennsylvanie, sur les défaillances du protocole de sécurité à l'hôtel Hilton, sur les évacuations des personnalités. «Il y a des coups de feu, le Secret Service arrive et n'exfiltre pas tout de suite Trump», s'étonne un utilisateur de X, cité par la chaîne France 24. Un autre souligne que le vice-président J.D. Vance a été exfiltré avant Trump, en violation du protocole du Secret Service.

Restent les faits, à savoir le niveau de violence politique aux Etats-Unis, où plusieurs élus ou activistes ont été tués. L'assassinat du jeune leader de droite Charlie Kirk, en septembre 2025, démontre les risques ambiants. «L’intrusion de la violence dans les rituels de la vie politique du pays est devenue routinière», dénonce le «New York Times», en pointant la responsabilité directe d'un certain Donald Trump et de ses prises de positions agressives dans ce climat inflammable et de plus en plus dangereux.

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