«Il n'existe plus de nature vierge»
Les endroits les plus isolés de la Terre pollués par du zinc

Une étude de l'ETH Zurich montre que le zinc des combustibles fossiles et de l'industrie atteint même les mers isolées comme le Pacifique sud. Les conséquences sur les écosystèmes marins restent incertaines.
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Le zinc issu de l'activité humaine contamine les mers reculées.
Photo: IMAGO/Nature Picture Library
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ATS Agence télégraphique suisse

Le zinc émis par les combustibles fossiles et par l'industrie se retrouve dans les mers les plus reculées de la planète. Ce constat a été fait par des chercheurs de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) et de l'institut océanographique GEOMAR de Kiel (D) dans une étude publiée mercredi.

Dans ces régions sauvages, le zinc provenant de la combustion du pétrole et du charbon ainsi que des entreprises métallurgiques est beaucoup plus abondant que celui d'origine naturelle. Les scientifiques craignent que cette pollution humaine ne perturbe les écosystèmes marins.

«Il n'existe plus de nature vierge, même dans le Pacifique sud, un endroit aussi éloigné de la civilisation que le sont les astronautes de la station spatiale internationale», relève Tal Ben Altabet, le premier auteur de l'étude, travaillant au sein de l'équipe du professeur de géochimie de l'ETH Derek Vance.

Le zinc émis dans l'atmosphère par les activités humaines se fixe à de minuscules aérosols. Les particules peuvent ainsi parcourir des milliers de kilomètres dans les airs pour ensuite se déposer à la surface des océans. Elles atteignent ainsi les endroits les plus isolés de la Terre.

Le zinc existe naturellement dans les mers. Il est utilisé par le phytoplancton et les petites algues lors de la photosynthèse, un mécanisme qui transforme le dioxyde de carbone en substances organiques et en oxygène. Les algues jouent ainsi un rôle fondamental pour la régulation du climat.

Isotopes différents

Pour déterminer de quelle origine provient le zinc trouvé dans les mers, les chercheurs ont analysé les isotopes du métal. Les isotopes de zinc naturel sont plus lourds que ceux produits par les activités humaines. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer les quantités des différents éléments se trouvant dans les eaux du Pacifique sud.

Les résultats ont montré que le zinc détecté à la surface de la mer est presque uniquement lié aux activités humaines. «Cela prouve que même des endroits que l'on pensait peu atteints sont désormais touchés par la pollution industrielle», relève Tal Ben Altabet, cité dans le communiqué de l'ETH Zurich.

Les scientifiques ignorent encore comment le phytoplancton va réagir à cette pollution. Le zinc n'est pas le seul métal concerné. Dans les eaux des mers, les quantités de cuivre et de cadmium provenant des activités humaines augmentent aussi. On y trouve également de l'acier.

Ces substances pourraient influer sur la chaîne alimentaire marine. Les scientifiques veulent maintenant effectuer des mesures similaires dans d'autres mers.

L'étude a fait l'objet d'une publication dans la revue spécialisée «Nature Communications Earth and Environment».

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