En bref
- François Hollande publie l'ouvrage «Unir. Nouveau Monde, Nouvelle Gauche» pour défendre son bilan, reconnaître ses erreurs passées et poser sa méthode fondée sur l'expérience pour gérer les crises futures.
- En s'exprimant sur le fond et les grandes questions de gouvernance, l'ancien président cherche à s'imposer comme une alternative crédible en cas d'impasse politique, tout en esquivant la primaire du Parti socialiste.
- Animé par un désir de revanche politique face à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et la droite, François Hollande se heurte toutefois au scepticisme général et à un contexte géopolitique profondément transformé depuis son départ.
Vu de Suisse, mais aussi de bien d'autres pays démocratiques, son retour paraît juste impensable. Imaginez: revoir à l'Elysée le président qui, le 1er décembre 2016, avait surpris la France entière en décidant de ne pas se représenter pour un second mandat. François Hollande, 72 ans, est a priori l'archétype du politicien qui a son avenir derrière lui.
Redevenu député de Corrèze, son département d'élection, depuis 2024, l'homme reste, pour beaucoup de militants de gauche, celui qui a laissé la voie libre à son ex-conseiller Emmanuel Macron. Plus grave encore: toute une partie de cet électorat de gauche lui reproche d'avoir trahi sa fameuse promesse de janvier 2012, lorsqu'il promettait, dans un discours au Bourget, de s'en prendre à son «véritable adversaire, le monde de la finance». Sans résultats...
Ce qu'il aurait dû faire
Et pourtant, Hollande y croit. Et il n'est pas le seul. Cette conviction est écrite noir sur blanc dans son dernier livre publié cette semaine, «Unir. Nouveau Monde, Nouvelle Gauche» (éd. Robert Laffont). La démarche est limpide: plutôt que de rassembler des groupes de réflexion pour accoucher d'un programme, comme les autres candidats déjà déclarés, l'ancien président est parti de sa propre expérience.
Il liste ce qu'il aurait dû faire. Il reconnaît qu'il s'est trompé. Il propose des compromis, notamment sur l'impossible mais indispensable réforme des retraites. Il demande aussi à ses lecteurs de se souvenir de son mandat. En cinq ans, de 2012 à 2017, François Hollande avait entamé une réduction de la dette publique de la France qui, depuis lors, a explosé pour dépasser les 3 350 milliards d'euros. En clair: Hollande explique qu'il sait gérer. Ce qui, dans une France déstabilisée et inquiète, peut être un solide argument.
L'autre moteur de celui qui battit Nicolas Sarkozy en 2012 est la revanche. Un moteur gonflé à bloc. Revanche contre Emmanuel Macron, son successeur, qui a voulu détruire les partis politiques et le clivage droite-gauche, pour terminer avec une envolée de la dépense publique et un Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) plus fort que jamais. Revanche contre Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise (LFI, gauche radicale), dont la capacité à rassembler les votes protestataires et les suffrages des communautés issues de l'immigration est, pour beaucoup, un repoussoir.
Revanche aussi contre la droite traditionnelle, qui prétend toujours vouloir gérer la France alors qu'elle est marginalisée dans les urnes. Revanche enfin sur lui-même, après avoir été la risée du pays lors de sa séparation catastrophique avec son ex-compagne Valérie Trierweiler en 2013. On se souvient de l'épisode du scooter que le chef de l'État en exercice utilisait pour apporter des croissants à celle qui est depuis devenue son épouse, Julie Gayet.
Une campagne sans être candidat
Et vous, vous y croyez? C'est, au fond, la question que François Hollande pose à tout le monde avec ce livre qui lui permet de faire campagne sans être encore candidat et d'éviter la primaire du Parti socialiste, qui aura lieu en octobre et pour laquelle le favori est aujourd'hui le député européen Raphaël Glucksmann. Habile.
De cette façon, l'ancien président peut discuter du fond. Il peut parler de la France et de ses problèmes lorsque les autres doivent réfléchir en termes d'alliances et de stratégies électorales. Son débat récent avec l'un des candidats de la droite, Edouard Philippe, a été salué pour sa grande qualité. En un mot, cela revient à s'imposer comme le recours. Si la France est en crise (de la dette, par exemple), Hollande sera là. Si le pays paraît condamné à un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, il sera là aussi.
Reste une énigme que son livre ne tranche pas: comment faire pour que ce recours se transforme en évidence? Il ne suffit pas d'écrire un livre et d'expliquer qu'il connaît de l'intérieur la conduite de l'Etat. Insuffisant aussi, le souvenir de sa dignité réelle durant la sombre période des attentats islamistes de 2015. François Hollande est aujourd'hui face à un monde qui n'est plus le sien.
A son époque, Vladimir Poutine négociait avec les Européens au sujet de l'Ukraine. Barack Obama terminait son second mandat avant que Donald Trump lui succède à la Maison Blanche, début 2017. La Chine n'était pas aussi conquérante sur le plan de la technologie et de l'intelligence artificielle. L'Europe, qui n'a jamais été son fort malgré ses convictions, a aussi, depuis son départ du pouvoir, beaucoup reculé dans la compétition internationale.
Peu y croient
Un recours François Hollande? En fait, peu y croient. Ses prestations à l'étranger sont rares. Ses fidèles en France restent éparpillés et suspicieux. Mais la force de l'ex-locataire de l'Élysée, qui revendiquait autrefois l'image d'un «président normal», a toujours été de faire sourire et de faire rire.
D'être celui que l'on apprécie, mais que l'on n'attend pas. Sérieux, son retour? Possible d'éviter la primaire socialiste? Il faudrait un séisme, à ce stade, pour que ce soit réaliste. Or la France, justement, n'est pas à l'abri d'un tel tremblement de terre économique, financier et politique.