Après son intervention au journal télévisé de TF1 dimanche 23 août, Raphaël Glucksmann est partiellement lancé dans la course à l’Elysée. Partiellement, car une autre étape reste à franchir avant le grand bain de la campagne pour la présidentielle de 2027, pour celui qui dirigea avec succès la liste social-démocrate aux élections européennes du 9 juin 2024, en troisième position avec 13,8% des suffrages, juste derrière la liste soutenue par Emmanuel Macron. Cette étape sera la primaire organisée par le Parti socialiste en octobre, en deux tours, du 9 au 11 octobre puis du 16 au 18 octobre. Il en a, dimanche, accepté le principe et il s’est engagé à y participer.
En clair: le premier combat que devra livrer Raphaël Glucksmann aura pour but de s’imposer dans son propre camp. Ce qui n’est pas gagné s’il tombe dans les cinq pièges qui le guettent déjà.
Un candidat trop médiatique
Difficile de prétendre ne pas être médiatique lorsque l’on est, à la ville, le conjoint de Léa Salamé, la présentatrice du 20 heures de France 2, qui s’est aussitôt mise en retrait des plateaux. Encore plus difficile de le faire croire après les photos publiées dans «Paris Match» du couple enlacé et en train de s’embrasser, lors de leurs vacances en Corse. Raphaël Glucksmann passe bien avec les journalistes. Il est charismatique. Il possède un réseau d’amitiés intellectuelles parisiennes, largement hérité de son père, le «nouveau philosophe» André Glucksmann, décédé en novembre 2015. Sauf qu’un candidat à la présidentielle française doit parler au pays réel, bien au-delà de son bassin naturel de suffrages, à savoir l’électorat progressiste des grandes métropoles. Une grève des médias pour devenir crédible? Difficile à croire de la part de cet animal… très médiatique.
Un Européen très européiste
Le parallèle naturel est fait avec Emmanuel Macron. Lorsqu’il emporte le scrutin présidentiel en mai 2017, le nouveau président français fait retentir l’Hymne à la joie de Beethoven – l’hymne européen – sur l’esplanade de la pyramide du Louvre à Paris. Or Macron (de deux ans plus âgé) et Glucksmann sont du même bois: ils croient en l’Europe et en la souveraineté européenne. Avec, toutefois, une énorme différence: Emmanuel Macron défendait l’Europe avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a rebattu les cartes.
Or Glucksmann, qui a travaillé dans le passé pour le gouvernement géorgien de Mikheil Saakachvili, opposé à la Russie, est très engagé aux côtés des autorités de Kiev. Il est aussi beaucoup plus perçu comme un «droit-de-l’hommiste» européiste que Macron, dont le discours était centré sur le commerce et l’économie. Pas simple face à des Français de plus en plus divisés: selon les sondages Eurobaromètres, les Français affichent l’un des taux d’euroscepticisme et de défiance institutionnelle les plus élevés de l’Union: entre 29% et 34% d’opinions négatives ou de méfiance envers Bruxelles.
Un politicien qui sacrifie sa femme
Il va de soi que la décision de Raphaël Glucksmann de se présenter a été prise en accord avec sa compagne Léa Salamé. Mais comment dissiper les soupçons de favoritisme à son égard de la part des collègues de la journaliste, au sein du service public de la radio et de la télévision? Comment dissiper aussi le fantôme qui fait mal: celui de l’ex-journaliste de «Paris Match», Valérie Trierweiler, compagne du candidat François Hollande lors de sa campagne victorieuse de 2012, avec les conséquences que l’on sait.
Cette dernière avait en effet quitté l’Elysée un peu plus d’un an plus tard, le 25 janvier 2014, à la suite de la révélation de la relation extraconjugale du président avec l’actrice et réalisatrice Julie Gayet. Dans tous les cas, l’ombre de Léa Salamé va peser. Ironie suprême, un possible candidat attend la chute de Glucksmann pour se déclarer à son tour: François Hollande, justement.
Le danger du «Tout sauf Mélenchon»
Qui est authentiquement de gauche entre Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise (LFI, gauche radicale), qui vient de célébrer ses 75 ans le 19 août lors des journées d’été de son mouvement dans la Drôme? Cette question va être sans cesse martelée par les ténors de LFI, qui vont présenter Glucksmann comme le complice de la droite, malgré l’accord de ce dernier à une taxation des plus riches.
C’est le piège pour le nouveau candidat: plus il proclame le «Tout sauf Mélenchon», qui sera son refrain de base pour attirer les électeurs de gauche modérée, plus il sera questionné sur la sincérité de ses opinions. Pour rappel, Jean-Luc Mélenchon, parti très tôt dans la course présidentielle, est aujourd’hui crédité de 16% des suffrages contre 10% pour Glucksmann, selon un sondage récent du «Parisien».
Israël et le piège de Gaza
Raphaël Glucksmann est de confession juive. Sa compagne Léa Salamé est franco-libanaise. Ces deux caractéristiques font que le couple est étroitement associé à la question d’Israël et du Moyen-Orient. Jusque-là, le nouveau candidat a été très ferme sur la tragédie de Gaza. Il a parlé à plusieurs reprises de «carnage» et de «guerre infecte», tout en refusant d’employer le terme de «génocide», utilisé par ses concurrents de LFI. Il a aussi qualifié le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite d’«ennemis», qualifiant leur action à Gaza de «politique criminelle» et dénonçant un pouvoir qui «célèbre son crime». Reste l’actualité, à l’approche des élections israéliennes en octobre. Si Netanyahu l’emporte, les tensions ne feront que croître, y compris en France.