Ratage présidentiel du RN
Le Pen et Bardella plombés par leur budget climatisation

Sa proposition hative d'un grand plan «climatisation», en pleine canicule, se retourne contre le Rassemblement national. Motif: Marine Le Pen et Jordan Bardella, tous deux candidats possibles à la présidentielle française, ont avancé un budget trés fantaisiste.
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Jordan Bardella se tient prêt pour être le candidat du RN à la prochaine présidentielle française
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il commence à faire très chaud au Rassemblement national. Et cela n'a rien à voir, ou presque, avec la météo. Ces jours-ci, après un épisode caniculaire de plusieurs jours en juin, la température extérieure est retombée en France aux moyennes saisonnières. Mais le RN (droite nationale populiste) est resté, lui, bloqué sur le thermomètre politique. Lancé alors que le pays suffoquait de chaleur, son plan «climatisation» pour parer aux futures canicules est en train de lui attirer les foudres de tous les experts. Et ce, alors que l'on connaîtra la semaine prochaine le nom de son candidat à la prochaine élection présidentielle, dont les dates sont maintenant fixées: le 18 avril 2027 pour le premier tour et le 2 mai pour le second.

L'idée d'équiper d'urgence le pays de climatiseurs n'a pas été reprise seulement par le Rassemblement national. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a aussi proposé, pour une somme d'environ 100 millions d'euros, d'équiper rapidement les bâtiments critiques tels que les hôpitaux ou les maisons de retraite pour faire face aux prochaines alertes météo. Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella a, lui, vu beaucoup plus grand. Il a présenté, le 30 juin, un «Plan Clim» à 20 milliards d'euros. Vingt milliards, au moment où la dette publique française a dépassé tous ses records pour atteindre 3536 milliards d'euros. D'où cette question: où comptez-vous trouver l'argent pour refroidir le pays si vous arrivez au pouvoir dans quelques mois?

Calcul politique

Le calcul politique était, en théorie, habile. Parler de climatisation, c'est parler à tous les Français qui vivent mal les moments de grande chaleur, dans un pays encore largement sous-équipé. La période est aussi bien choisie: ce 7 juillet, Marine Le Pen connaîtra sa peine dans le procès en appel pour détournement de fonds publics du Parlement européen, qui pourrait l'empêcher de se représenter une quatrième fois à l'élection présidentielle. Il faudra, pour qu'elle soit éligible, que les juges réduisent en appel sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité en première instance, prononcée en mars 2025. En dessous de deux ans, compte tenu de la période déjà écoulée, la présidente du groupe parlementaire RN (119 élus depuis les législatives de juin 2024) pourra se lancer à nouveau dans la course à l'Elysée. Dans le cas contraire, Jordan Bardella sera sur la ligne de départ.

Le problème est que le «plan Clim» du RN, détaillé par ses députés «économistes», Jean-Philippe Tanguy et Thomas Ménagé, a de la peine à résister à l'examen chiffré. Il prévoit d'abord d'installer des climatiseurs dans l'ensemble des écoles, des crèches, des hôpitaux et des EHPAD dans un délai de cinq ans. Le tout, pour un premier investissement public de «10 milliards sur cinq ans». Un autre plan, d'un montant équivalent, serait ensuite lancé pour l'ensemble des bâtiments publics. Total? Vingt milliards, financés par un dispositif de prêts à taux zéro. En clair: pour refroidir sa population, l'Etat français s'endettera encore plus...

Adaptation thermique

Autre ironie: le plaidoyer de ce «Plan Clim» pour les pompes à chaleur réversibles ou les climatiseurs, alors que la rénovation et l'adaptation thermique sont négligées dans le programme présidentiel du parti. Une proposition y figure ainsi pour supprimer les «avatars bureaucratiques anti-climatisation», parmi lesquels figure le diagnostic de performance énergétique.

Un financement qui interroge

Qui paiera? Le RN avance un financement de la Banque centrale européenne, obligeant celle-ci à démentir. Plus inquiétante pour les économistes, la proposition de faire fonctionner la planche à billets. «Dès 2022, Marine Le Pen a également mis au débat la seule solution crédible pour financer les grandes transitions liées aux défis climatiques: une politique de création monétaire», annonce le dossier de presse du «Plan Clim». Une piste peu crédible, puisque la création monétaire est une compétence exclusive de la Banque centrale européenne.

«Ce grand plan clim est celui de l'argent magique», juge le quotidien «Les Echos». Et d'ajouter: «Poussés dans leurs retranchements sur les plateaux, les élus du RN ont dû se pencher en urgence sur le chiffrage et les modalités concrètes de ce plan. Ils en ont précisé les détails et le coût ce mardi, peinant toutefois à lever totalement la confusion.»

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