Elle n’est pas annoncée à Davos. Mais à la dernière minute, Mette Frederiksen pourrait choisir de se rendre au Forum économique mondial de Davos (WEF), qui ouvrira ce 19 janvier en Suisse. Cette visite impromptue permettrait à la Première ministre danoise de se retrouver face à face avec celui qui a transformé sa vie en enfer diplomatique et militaire depuis plusieurs jours: Donald Trump.
Viendra-t-elle ou pas? Cinq dirigeants européens sont en tout cas confirmés, avec la ferme intention de tenir bon sur le dossier du Groenland et des droits de douane face au président des Etats-Unis: Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Keir Starmer et Ursula von der Leyen. Or, tous ont l’intention de dégainer des armes qui peuvent faire mal à celui qui demeure le patron de l’OTAN, l’Alliance atlantique dont leurs pays sont tous membres (ce qui n’est pas le cas de la Suisse).
Réponse militaire
La première salve sera militaire. Et elle a de l’importance à l’heure où même les parlementaires républicains au Congrès des États-Unis expriment leurs divergences avec la stratégie du bulldozer conduite par Trump sur le Groenland, dont il continue de réclamer l’annexion.
Pas question de retirer la centaine de soldats déjà déployés par neuf pays sur le territoire, notamment autour de sa capitale, Nuuk. Mieux: d’autres gouvernements, dont les forces armées disposent d’un savoir-faire polaire, ont fait des offres de service. L’Estonie, pourtant très fidèle alliée de Washington et très exposée à la menace russe, a confirmé sa volonté d’envoyer des soldats. La Norvège, la Finlande et la Suède, dont les troupes connaissent très bien ce type de terrain nordique, vont aussi renforcer leurs contingents. Ce qui complique la possibilité d’un coup de force américain.
La seconde salve est géopolitique. Dans une note publiée ce week-end, l’Institut Jacques Delors, basé à Paris, affirme que «sans réintégrer formellement le Groenland au territoire de l’Union, ce qui supposerait d’enclencher un processus juridique complexe (et supposerait bien sûr que les Groenlandais soient d’accord cette fois-ci), les Européens peuvent décider d’étendre au Groenland la protection offerte par l’article 42, paragraphe 7, du Traité de l’Union, qui prévoit qu’«au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir».
Il suffit pour cela d’adopter à l’unanimité une simple déclaration interprétative additionnelle au Traité au Conseil européen. Un tel texte ne modifie pas les Traités et ne nécessite donc aucune ratification par les parlements nationaux. Une menace de poids.
Coup commercial
Le troisième tir de barrage sera commercial. Et il ne viendra pas des dirigeants eux-mêmes, mais du Parlement européen, qui a décidé de suspendre son vote sur l’accord conclu le 28 juillet en Écosse entre Donald Trump et Ursula von der Leyen. Dans une déclaration publiée en ligne, Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), la formation la plus importante au Parlement de Strasbourg, a déclaré que l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Europe signifiait que le Parlement ne voterait pas en faveur du pacte.
Un vote était attendu le 26 janvier afin de définir la position du Parlement européen sur la levée des droits de douane sur les produits industriels américains. À présent, les eurodéputés devraient au contraire confirmer le gel de l’accord lors d’une réunion prévue mercredi 21 janvier, le jour même de l’intervention de Trump à Davos.
Quatrième riposte, sur laquelle les pourparlers vont bon train entre la France, l’Allemagne et l’Italie, soit les trois plus importantes économies de la zone euro: l’activation de l’instrument anti-coercition envers les États-Unis, si Trump maintient sa volonté d’imposer 10% supplémentaires de droits de douane sur les produits importés des huit pays ayant déployé des troupes au Groenland.
La demande d’activation a été faite dès ce dimanche par Emmanuel Macron. Il permet à la Commission européenne, au nom des 27 pays membres, de recourir à toute une série de mesures antidumping, notamment un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement. Les géants américains de la tech, très présents à Davos, se retrouveraient immédiatement dans le viseur.
Arsenal anti-tech
Selon le quotidien britannique «The Telegraph», Ursula von der Leyen arrivera à Davos avec un arsenal de mesures de rétorsion économique contre Google, Microsoft et la plateforme X. Ceux-ci pourraient voir leurs activités restreintes sur le sol européen. Le secteur financier ne serait pas épargné: les banques et sociétés financières américaines feraient également l’objet de limitations.
Donald Trump serait à coup sûr furieux. La mise en œuvre de ces mesures causerait aussi d’énormes problèmes à la population et aux infrastructures européennes, qui utilisent abondamment les services de la tech américaine. Reste que l’Europe dispose d’un levier considérable: son marché de près de 450 millions de consommateurs. À Davos, l’amateur de sports de combat qu’est Donald Trump pourrait bien être servi…