Exit le traité de 1997
L'Europe rompt une promesse historique et dégaine ses mines face à Poutine

La princesse Diana s’était engagée pour interdire les mines antipersonnel. Aujourd’hui, plusieurs Etats relancent leur production, mais misent sur des mines dites «intelligentes».
En Finlande un soldat montre comment enterrer les mines antichar
Photo: AFP
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Guido Felder

Au tournant du millénaire, 160 Etats ont adhéré au traité d’interdiction des mines antipersonnel, un événement immédiatement considéré comme une avancée humanitaire majeure. Des programmes de déminage ont alors été mis en place dans le monde entier et des millions d’engins été détruits. Avant cet accord historique, les mines faisaient plus de 25’000 morts et blessés par an, dont plus de 80% de civils.

L’ensemble de l’Europe, Suisse comprise, avait donc profité d'une période de détente quasi généralisée pour s’engager donc à ne plus jamais recourir à ces armes. Aujourd’hui pourtant, les mines antipersonnel réapparaissent dans les arsenaux. La Pologne, les Etats baltes et la Finlande ont notamment annoncé leur retrait du traité et envisagent de relancer une production nationale.

Ce scénario, personne ne l'envisageait en 1997, au moment d'adopter convention d'Ottawa. Un événement rendu en grande partie possible par l'engagement de la princesse Diana, disparue accidentellement à Paris quelques mois seulement avant la conclusion du traité. L’ex-épouse du roi Charles III s’était fortement mobilisée pour l’interdiction de ces armes. Les images d’elle, en combinaison de protection aux côtés d’enfants mutilés, avaient marqué l’opinion.

Retraits en cascade de la convention

Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans, le consensus s’effrite. Au point que plusieurs pays européens ont dénoncé le traité. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont ouvert la voie, suivies par la Pologne, et plus récemment par la Finlande. Face aux critiques, notamment de la Norvège et d’Amnesty International, tous ces Etats invoquent la nécessité de compenser un «désavantage stratégique» face à Moscou.

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La princesse Diana, ici en 1997 en Angola, s'était fortement engagée pour l'interdiction des mines antipersonnel.
Photo: Keystone

L’Ukraine, qui avait signé le traité en 2005 et détruit d’importants stocks de mines, a elle aussi engagé une procédure de retrait. La Russie, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine n’avaient, eux, jamais adhéré à la convention. Ces derniers jours, le gouvernement finlandais a ainsi annoncé le lancement d’un programme national consacré aux mines. Il prévoit à la fois la formation des soldats à l’utilisation de ces engins et l’acquisition de nouveaux stocks.

L’état-major finlandais précise que «l’objectif est de rendre opérationnelles les premières nouvelles mines et l’équipement d’entraînement correspondant d’ici 2027». Une production nationale devrait démarrer prochainement. La Pologne envisage, pour sa part, de fabriquer jusqu’à 1,2 million de mines par an, dont une partie serait destinée à l’Ukraine.

Un rempart contre Poutine

Les nouvelles mines doivent s’inscrire dans le dispositif de défense du flanc Est de l'Europe, à la frontière avec la Russie le Bélarus. Ce «rideau de fer 2.0» comprend aussi une barrière physique, des drones et des armes à longue portée. Surnommé «Baltic Defence Line», le premier tronçon couvre environ 1000 kilomètres de frontières entre l’Estonie, la Lituanie et la Pologne. Le «East Shield», surnom conféré au deuxième tronçon, protège les 800 kilomètres de frontière polonaise. S’y ajoutent les 1343 kilomètres de frontière entre la Finlande et la Russie.

Pour les experts, ce retour des mines antipersonnel n’a rien d’inattendu. Ces engins sont considérés comme peu coûteux et efficaces pour freiner une avancée ennemie. Ralph D. Thiele, président de la Société politico-militaire allemande et d’Eurodefense Allemagne, estime qu’elles permettent, même après une défaite tactique, de «limiter la casse».

Préparatifs en cours

Pour l'heure, aucune mine n’a été enfouie en Europe de l’Est. Leur pose intervient généralement au dernier moment, lorsqu'un affrontement «classique» ne peut plus être évité, ou plus tôt si l’infériorité est manifeste, explique Ralph D. Thiele.

Les préparatifs sont toutefois en cours: des dépôts ont été mis en place près des frontières, des zones entières ont été cartographiées en vue d'un minage rapide, et des systèmes capables de disperser des milliers de mines par heure ont été installés. Les ponts et les routes peuvent également faire l'objet d'ajustements pour pouvoir être détruits rapidement si besoin.

Cartographie et désactivation à distance

Après la fin d'un conflit, les mines actives restent souvent enfouies au même endroit durant des années, au point qu'elles continuent de tuer ou mutiler des civils, notamment des enfants. La cartographie des champs de mines sert ainsi à facilité leur extraction ultérieure. 

Parfois, les modèles récents disposent carrément d’un dispositif de désactivation automatique, programmé pour s’arrêter ou exploser après quelques heures ou plusieurs semaines. Certains champs de mine peuvent même être activés ou désactivés à distance. Pour Ralph D. Thiele, le retour de les mines antipersonnel parait inéluctable. «Seule une défense utilisant tous les moyens disponibles permet de s’imposer; l’alternative est un lourd tribut humain», explique-t-il.

Au-delà de l’interdiction des mines antipersonnel, d’autres traités proscrivent les armes à sous-munitions, les armes chimiques, biologiques ou incendiaires. Ralph D. Thiele estime toutefois ces accords conservent néanmoins leur utilité: ils réduisent les stocks et élèvent le seuil politique et moral avant tout recours à ces armes.

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