«Nous n'avons pas le temps pour ces bêtises»
Las et exaspéré, Zelensky réclame un face-à-face avec Poutine

Zelensky estime que les négociations à Genève ne suffisent pas et réclame une rencontre avec Poutine. Selon lui, seule une discussion au sommet peut ouvrir la voie à une paix durable.
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Les discussions entre négociateurs ne font que disperser les décisions d'après le président ukrainien.
Photo: Keystone
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Daniel Kestenholz

Pour Volodymyr Zelensky, les négociations de paix actuellement menées à Genève avec la Russie ne constituent qu'une étape préparatoire. Aucune avancée décisive ne sera possible tant qu'il n'aura pas un échange direct avec le président russe, Vladimir Poutine.

Selon lui, des négociateurs ne peuvent pas, à eux seuls, trancher des questions aussi cruciales que les frontières, la souveraineté ou les garanties de sécurité. Sans rencontre directe entre dirigeants, aucune avancée n'est possible. Il a donc chargé son équipe de proposer un sommet des dirigeants à Genève, sans avoir encore reçu de réponse de Moscou.

«Pas le temps pour ces bêtises»

La délégation russe à Genève a récemment été remaniée. Moscou a nommé comme nouveau chef négociateur Vladimir Medinsky, un proche allié de Vladimir Poutine, réputé pour ses positions fermes.

Pour Zelensky, ce changement est de mauvais augure: Medinsky a tendance à s'attarder sur les «racines historiques» du conflit, à l'image de Poutine. Une approche qui agace le président ukrainien. «Nous n'avons pas le temps pour ces bêtises. Nous devons vite prendre des décisions et mettre fin à la guerre», a-t-il déclaré dans une interview à Axios.

Les négociations de Genève se sont enlisées ce mardi: les positions de Mediniski bloquent les avancées, selon des sources proches des discussions. Zelensky craint que la Russie ne continue à vouloir gagner du temps tout en accumulant les avantages sur le champ de bataille.

Les Ukrainiens ne pardonneront jamais

Sur le fond, Moscou ne fait aucune concession. La Russie continue de revendiquer l'ensemble du Donbas, y compris par la force si nécessaire. Le Kremlin rejette également l'idée d'un gel de la ligne de front actuelle, une option que Zelensky serait pourtant prêt à soumettre à un référendum.

Par ailleurs, la Russie n'a accepté jusqu'ici qu'un cessez-le-feu d'une seule journée, alors que Zelensky estime qu'il lui faudrait au moins 60 jours pour organiser un référendum équitable. «Cela montre que Moscou ne veut pas d'une véritable paix», affirme-t-il.

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Ils ne me le pardonneront pas et ils ne le pardonneront pas non plus aux Etats-Unis
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
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Zelensky est persuadé qu'un référendum sur l'abandon du Donbas serait rejeté. Selon lui, les Ukrainiens «ne peuvent pas comprendre» qu'on leur demande de céder davantage de territoires. «Sur le plan émotionnel, ils ne pardonneront jamais cela. Jamais. Ils ne me le pardonneront pas et ils ne le pardonneront pas non plus aux Etats-Unis», affirme-t-il. Il réaffirme donc que la meilleure chance d'obtenir une avancée dans les négociations serait une rencontre directe avec Poutine, «face à face».

Les coups de pression des Américains

Pourtant, les médiateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner qui ont fait le déplacement à Genève assurent que Poutine veut sérieusement mettre fin à la guerre. Zelensky met en garde contre un accord boiteux. Selon lui, une paix durable ne doit pas passer par le fait d'offrir une victoire au président russe.

Selon Zelensky, il est injuste que le président américain Donald Trump fasse publiquement pression sur l'Ukraine pour qu'elle fasse des concessions, et non sur la Russie. Il dit espérer qu'il s’agit d'une tactique de négociation et non d'une position définitive.

Pour lui, le message est clair: gagner du temps et exiger toujours plus ne mènera pas à la paix. Une véritable avancée ne sera possible que si Poutine s'assoit lui-même à la table des négociations et assume ses responsabilités.

«Qu'il vienne à Moscou»

Fin janvier, le Kremlin a indiqué que Zelensky pourrait se rendre à Moscou pour des discussions directes, à condition de bénéficier de garanties de sécurité. Déjà en septembre, en marge d'un défilé militaire à Pékin, Poutine avait assuré qu'il n'avait «jamais» refusé une rencontre avec Zelensky: «S'il veut me voir, qu'il vienne à Moscou!» La réponse de Zelensky à l'invitation de janvier a été tranchante: «Je peux tout aussi bien l'inviter à Kiev. Qu'il vienne. Je l'inviterai publiquement – s'il en a le courage.»

En septembre, il avait déjà réagi dans le même sens: «Il peut venir à Kiev, mais je ne peux pas aller à Moscou alors que mon pays est bombardé chaque jour, sous les missiles et sous le feu. Je ne peux pas me rendre dans la capitale de ce terroriste.» Zelensky accuse en outre Poutine de chercher à retarder les négociations de paix en imposant Moscou comme lieu de rencontre et de «jouer à un jeu» avec les Etats-Unis.

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