L’affaire Epstein continue de secouer le monde. Les noms de célébrités, de politiciens et de financiers dominent les titres. Mais derrière les documents caviardés et les carrés noirs, les victimes, elles, restent trop souvent invisibles. L’ampleur du scandale est pourtant vertigineuse: selon le ministère américain de la Justice, Jeffrey Epstein, déjà condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution de mineures, aurait fait plus de 1000 victimes.
Pendant plus de trente ans, le financier a mis en place un système méthodique pour recruter des adolescentes et de jeunes femmes. Il ciblait des mineures et des étudiantes, explique Rina Oh, l’une de ses victimes. Les femmes jugées «trop âgées» étaient envoyées à ses amis.
Des courriels révélés par l’enquête illustrent cette fixation. Dans l’un d’eux, un correspondant propose «une blonde très sexy» et ajoute: «Je sais que 23 ans, c’est un peu vieux pour toi.» Dans un autre message, Epstein se plaint qu’on lui ait présenté… une femme de 28 ans. Blick livre les méthodes du criminel sexuel pour piéger des ados et des jeunes femmes.
Les quartiers défavorisés
A Palm Beach, en Floride, où se trouvait la villa de Jeffrey Epstein, nombre de ses victimes vivaient dans une grande précarité. De l’autre côté du pont s’étend West Palm Beach, quartier défavorisé dont il ciblait les adolescentes. Il leur proposait 300 dollars pour un «massage» lors duquel il les agressait sexuellement. L’argent servait d’appât. La séance devenait le cadre des abus.
Selon plusieurs témoignages, il exploitait délibérément la détresse de ses victimes, avec l’aide de sa compagne de l’époque, Ghislaine Maxwell. Shopping, cadeaux, promesses d’aide financière: tout contribuait à instaurer une relation de confiance. Une fois le lien établi, l’emprise s’installait.
Les abords des écoles
Jeffrey Epstein pouvait compter sur une alliée essentielle: Ghislaine Maxwell. Sa compagne a été condamnée en 2022 à 20 ans de prison pour complicité de trafic sexuel. Dans les quartiers défavorisés de West Palm Beach, elle circulait en voiture avec chauffeur et s’arrêtait à proximité des écoles pour approcher des adolescentes, affirmait en 2021 Juan Alessi, ancien intendant du financier.
La journaliste d’investigation Lucia Osborne-Crowley, qui a recueilli de nombreux témoignages de survivantes, décrit une méthode rodée. Lorsqu’elle repérait une jeune fille qui lui plaisait, Ghislaine Maxwell demandait au chauffeur de s’arrêter, descendait du véhicule et engageait la conversation. Sous des airs bienveillants, elle cherchait à identifier les failles.
Elle s’enquérait notamment de la situation familiale. Une adolescente lui aurait confié la mort récente de son père et le chômage de sa mère. «A partir de ce moment-là, elle est devenue sa cible», rapporte la journaliste.
Les ambitions des étudiantes
Jeffrey Epstein ne ciblait pas uniquement des adolescentes issues de milieux défavorisés. Il s’en prenait aussi à des étudiantes ambitieuses. Pour les approcher, il cultivait l’image d’un philanthrope influent. Il évoquait des bourses d’études à son nom, des fonds dédiés à des projets académiques et mettait en avant ses liens supposés avec des institutions prestigieuses. A la clé, la promesse d’un avenir brillant. Les invitations suivaient, souvent dans son hôtel particulier de Manhattan, où il abusait des jeunes filles.
Un rapport de police publié en 2021 décrit le cas d’une adolescente de 16 ans tombée entre ses griffes par l'intermédiaire de sa soeur aînée. Cette dernière lui avait indiquait que Jeffrey Epstein souhaitait l'aider dans ses démarches d'admission à l'université. Elle a ensuite été abusée dans sa résidence de New York.
«Il était capable de promettre n’importe quoi», affirme Marci Hamilton, juriste ayant travaillé avec des victimes. «Dès qu'il voyait une belle jeune fille ou une jeune femme, ou que Maxwell en voyait une, ils l'abordaient et lui promettaient monts et merveilles», confie-t-elle au «Times».
Les proches
Il n’est pas rare qu’Epstein recrutait des jeunes filles directement dans le cercle de ses victimes. A Palm Beach, il payait 300 dollars pour un «massage» et offrait 300 dollars supplémentaires si les adolescentes amenaient une amie. Au fil du temps, ce réseau s’est transformé en un système de recrutement structuré.
De nombreux échanges évoquent la nécessité de «trouver des amies pour des massages». Certaines jeunes filles, sous emprise, allaient jusqu’à suggérer d’«instaurer un climat de confiance» face à la réticence de certaines. Une mécanique glaçante qui renforçait encore le dispositif pour agresser sexuellement de jeunes filles.
Les sites de rencontre
Des emails révèlent que le prédateur sexuel était inscrit sur au moins quatre sites de rencontre en ligne. Jeffrey Epstein utilisait les pseudonymes «Sultan 175», «gggeb» ou encore «Edward242E». Ces plateformes lui adressaient quotidiennement des profils de femmes d’une vingtaine d’années.
A ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’il a effectivement utilisé ces applications pour entrer en contact avec de jeunes femmes. La plupart des sites de rencontre ne vérifient pas systématiquement si leurs utilisateurs ont un casier judiciaire ou figurent au registre des délinquants sexuels, ce qui était pourtant le cas de l’ancien financier après sa condamnation de 2008.