Donald Trump apparaît des milliers de reprises dans les documents Epstein, que ce soit dans des e-mails, des notes, des comptes rendus d'interviews, d'anciens rapports. Et pourtant, sa situation politique reste relativement stable. Pas de procédure d'enquête, pas d'accusation, pas de tempête judiciaire. Comment expliquer cette situation?
Donald Trump est un habitué des scandales. Et il sait comment s'y prendre: détourner l'attention, relativiser, gagner du temps. Dans le cas de l'affaire Epstein, cette stratégie a particulièrement bien fonctionné jusqu'à présent. Bien que l'actuel président américain apparaisse souvent dans les documents récemment publiés, il reste juridiquement inattaquable et s'en sort – pour le moment – indemne sur le plan politique. Mais plus le matériel est mis en lumière, plus il devient difficile de maintenir l'excuse qui consiste à dire qu'il ne se doutait de rien.
Combien de fois Trump apparaît-il dans les dossiers?
Dans les documents, Trump apparaît surtout comme faisant partie de l'environnement social de Jeffrey Epstein. Son nom apparaît des milliers de fois dans des emails, des notes, des comptes rendus d'interviews et des citations de médias collectés dans au sein des différents documents.
Selon le «New York Times», le nom du président américain apparait à 5300 reprises. Beaucoup de ces mentions sont répertoritées au sein d'articles de presse, de photos ou de références diverses à des soirées et à des rencontres archivées par Epstein lui-même.
De son côté, Donald Trump s'est défendu en déclarant à plusieurs reprises qu'il n'en avait «aucune idée». La contradiction est évidente, mais difficilement saisissable juridiquement: une citation dans un procès-verbal n'est pas une preuve de complicité punissable.
Des épisodes concrets et des contradictions
Il existe pourtant des preuves concrètes que Trump était au moins partiellement informé des atrocités commises. Un procès-verbal du FBI datant de 2019 note qu'un chef de la police de Floride a rapporté que Trump l'avait appelé en 2006 alors qu'Epstein faisait l'objet d'une enquête. «Dieu merci, arrêtez-le, tout le monde sait qu'il fait ça», aurait affirmé Trump, avant de changer radicalement de discours.
Trump apparaît également dans d'autres documents, notamment des notes d'enquêteurs, dans des informations transmises de façon officieuse au FBI, dans des déclarations de témoins qui font état de rencontres avec dans l'entourage d'Epstein. On parle ici principalement de rencontres à Mar-a-Lago ou de tentatives de Jeffrey Epstein de maintenir le contact avec Trump, lequel a pourtant déclaré ne plus entretenir de relation étroite avec le criminel sexuel depuis 2004.
Pourquoi Trump n'est pas inquiété sur le plan juridique?
Or, ces documents ne permettent pas d'émettre des accusations au sens pénal du terme C'est précisément là que réside le cœur de la survie politique de Trump. Les fichiers fournissent du matériel – beaucoup de matériel – mais ils ne fournissent pas de preuves tangibles. Ils montrent une proximité, mais pas une implication avérée. Le ministère de la Justice l'a bien compris et a rappelé à de maintes reprises qu'il n'y avait pas d'indices crédibles qui justifieraient une action pénale.
Cela ne vaut pas seulement pour Donald Trump. D'autres noms de personnalités éminentes reviennent régulièrement dans les documents, notamment ceux Bill Clinton, de l'ancien secrétaire au Trésor Larry Summers ou de divers entrepreneurs et hommes politiques célèbres. Leurs noms sont également mentionnés dans les dossiers, sans que cela n'ait donné lieu jusqu'à présent à des procédures pénales. Les conditions nécessaires à l'ouverture d'une enquête pénals sont strictes, et elles n'ont été atteintes jusqu'à présent que dans quelques cas exceptionnels.
Stratégie politique: distance et brouillard
A cela s'ajoute la dimension pure et simple des dossiers. Des millions de pages, des milliers de noms, d'innombrables liens. Dans ce flot de données, Trump est certes présent, mais il n'est de loin pas le seul, le nombre de personnalités citées dans les documents étant extrêmement élevé.
Tant qu'aucun document ne prouve son implication directe dans des crimes, il reste politiquement attaquable, mais juridiquement intouchable. Un état de fait qui lui permet de gagner du temps.
Seulement voilà, la situation est susceptible d'évoluer à tout moment: à chaque nouvelle publication, le nombre de contradictions entre les déclarations de Trump et les dossiers augmente. Ce n'est pas tant une découverte isolée qui pourrait le mettre en danger que l'addition des différentes mentions.
Pour l'heure, les documents Epstein montrent comment un président peut, malgré des mentions constantes dans l'un des plus grands scandales de ces dernières décennies, rester en grande partie à l'abri de tout soupçon Mais ils prouvent aussi à quel point cette position est fragile. Car ce qui compte en politique, ce n'est pas seulement ce qui est prouvé, mais aussi ce qui devient de plus en plus difficile à croire.