De «fils préféré de la reine» à pestiféré du royaume
Andrew, lâché par la couronne

Le frère du roi Charles III a été arrêté à son domicile jeudi matin et placé en garde à vue pour «suspicion d’abus de pouvoir», le jour de ses 66 ans. Celui qui était considéré comme le fils préféré d'Elisabeth II est mêlé à l’affaire Epstein. Il risque la prison ferme.
Avec l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique traverse une nouvelle tempête.
Photo: AFP
Didier Dana
Didier DanaJournaliste L'illustré, Chef de la rubrique Personnalités

Depuis la mort de la princesse Diana, en août 1997, aucun scandale n’avait pareillement secoué la monarchie britannique, pas même l’annonce du retrait de Harry et Meghan de leurs fonctions officielles, le 8 janvier 2020. L’affaire prend une tournure dramatique pour Andrew Mountbatten Windsor, déchu de ses derniers titres en octobre 2025. Il a été arrêté sous une pluie fine, jeudi à 8h du matin, dans le Norfolk, à Marsh Farm sur le domaine de Sandringham, le jour de ses 66 ans et placé en garde à vue. Aucun membre de la famille royale n’avait été prévenu.

La nouvelle, révélée 2 heures plus tard, a été suivie par un communiqué officiel du roi Charles III, soulignant avoir appris la nouvelle «avec la plus profonde inquiétude». Le souverain a dit vouloir apporter «son soutien et sa coopération» aux autorités britanniques. La police britannique dispose de 96 heures pour interroger Andrew. Que lui est-il reproché? L’ex-duc a été arrêté dans le cadre de l’enquête autour des dossiers Epstein et ses millions de courriels, pour «suspicion de faute professionnelle dans l'exercice de ses fonctions publiques». Une infraction passible d’une lourde peine de prison bien qu’il soit, à ce stade, présumé innocent. Deux propriétés ont été perquisitionnées.

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Andrew, lâché par les siens

Après avoir perdu tous ses titres – même militaires – et le droit d’habiter dans la somptueuse demeure de Royal Lodge, un logement de 30 chambres au sud du château de Windsor, Andrew est devenu un citoyen lambda, passant du statut de «fils préféré de la reine» à pestiféré du royaume. William de Galles, premier dans l’ordre de succession au trône britannique, s’est toujours fermement opposé à son oncle, allant jusqu’à la confrontation avec son père.

Pour l’aîné des fils de Diana, Andrew, accumulant les affaires les plus sordides, était devenu une tâche pour les Windsor. Charles III a fini par céder. A la fin de l’année dernière, dans un communiqué signé de sa main et de celle de la reine Camilla, le monarque s’est dit préoccupé par le sort des victimes du pédocriminel Jeffrey Epstein, retrouvé mort dans sa cellule le 10 août 2019. Un premier signe indiquant que toute la lumière devait être faite, quoiqu’il en coûte.

Andrew, ex-playboy, surnommé «Randy Andy» (Andy le chaud lapin) dans les années 70, personnage à la fois colérique, arrogant et immature, semblait jusqu’alors intouchable, vivant aux crochets et à l’abri de la couronne, protégé par feue la reine Elisabeth II. Il est désormais lâché par les siens. Charles III a déclaré que «la justice devait suivre son cours».

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Un scandale sexuel

Inquiété par les déclarations de Virginia Giuffre, principale accusatrice dans l’affaire Epstein, Andrew avec sa morgue habituelle, avait ouvertement menti devant les caméras de la BBC dans une interview restée célèbre, enregistrée à Buckingham palace et diffusée en novembre 2019. On apprendra qu’en 2010, Andrew, décidément sans gêne, avait invité Epstein dans ce lieu sacro-saint. Soit à peine 2 ans après la condamnation du sulfureux financier pour prostitution de mineures.

Malgré les dénégations face caméra de l’ex-duc d’York, une photo attestait de sa proximité avec Virginia Giuffre. «Un montage», dira Andrew. Ghislaine Maxwell, complice du pédocriminel, visible à l’arrière-plan dudit cliché, infirmera cette déclaration. La photo était bien réelle. Dans ses Mémoires posthumes, parues en octobre 2025, Giuffre accuse Andrew de viol. Elle était mineure, âgée de 17 ans, lors de leur première rencontre. «Il pensait que coucher avec moi était son droit du fait de son statut», dit-elle. Elle s’est suicidée à 41 ans, l’an dernier, après avoir refait sa vie en Australie.

Andrew se sentait intouchable. Après une plainte au civil déposée par sa victime en août 2021, il avait versé des dommages et intérêts. Une somme puisée en partie dans les deniers personnels de la reine Elisabeth. Quelque 12,7 millions ont ainsi été récoltés et alloués à Virginia Giuffre. L’affaire a été classée sans suite en 2022. Jeudi, à l’annonce de l’arrestation d'Andrew, les proches de Virginia Giuffre ont déclaré: «Aujourd'hui, nos cœurs brisés ont été soulagés par la nouvelle que personne n'est au-dessus des lois, pas même la royauté.» 

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Business: l’influence du go-between

Andrew, pilote d’hélicoptère, héros de la guerre des Malouines en 1982, à 22 ans, est irrésistiblement attiré par l’argent. Il aime jouer de son influence. Envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international, il a trempé dans une histoire aux relents d’espionnage, en raison de sa relation avec Yang Tengbo, un chef d’entreprise installé au Royaume-Uni depuis 2002, soupçonné de liens avec le pouvoir chinois.

Selon le Daily Mail, Andrew avait réussi, en 2016, à «imposer» la nomination de l'homme de main de Jeffrey Epstein, un certain David Stern, au conseil d'administration d'une fiduciaire du château de Windsor, le St George’s House Trust. Cet homme d'affaires allemand apparaît 7400 fois dans les dossiers Epstein. Âgé de 48 ans, il a été présenté à Andrew et Sarah Ferguson en 2009 par Jeffrey Epstein. Les documents publiés semblent montrer que Stern a accompagné Andrew lors de voyages en Chine et en Asie du Sud-Est, pendant son mandat d'envoyé commercial. Stern décrivait Epstein comme «son patron».

En 2014, Stern a envoyé à Epstein, par mail, une photo de champagne versé sur une femme nue, en guise de message d'anniversaire, avec ce texte: «Le prince Andrew vous adresse ses meilleurs vœux d'anniversaire et toute son affection.» L’année précédente, Epstein lui a confié la mission d'organiser un rendez-vous entre Andrew et une «jolie connaissance» de passage à Londres. Stern rencontrait régulièrement Sarah Ferguson.

Il aurait tenté de négocier un accord pour qu'elle devienne ambassadrice rémunérée d’une célèbre compagnie de croisières. Enfin, toujours selon le Daily Mail, il aurait servi d'intermédiaire, en 2010, dans les tentatives du prince Andrew d'organiser une rencontre entre Jeffrey Epstein et l'ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. 

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Fergie à Epstein: «Epouse-moi»

Sarah Ferguson qui fit les beaux jours des tabloïds britanniques dans les années 80 est citée, elle aussi, dans les Epstein Files. «Merci, Jeffrey, d’être le frère dont j’ai toujours rêvé», lui écrit-elle en 1999. Peu après, alors qu’elle réclame la somme de 20'800 francs pour s’acquitter de son loyer, le prédateur sexuel lui fait parvenir la somme. Là, celle qui fut surnommée Fergie, le couvre d’éloges: «Je n’ai vraiment pas les mots pour décrire mon amour et ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse». Et d’ajouter: «Je suis à ton service. Épouse-moi». Elle n’a, pour l’heure, pas été interrogée par les enquêteurs. 

L’ex-duchesse d’York qui malgré son divorce d’avec Andrew continuait à vivre dans le même périmètre que lui, avait été piégée en 2010 pour avoir tenté de monnayer l’accès à la famille royale contre 520'000 francs. Il s’agissait en réalité d’une caméra cachée montée par News of The World. Fergie avait alors présenté ses excuses, invoquant des soucis financiers.

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