Kim Jong Un caresse des veaux, nourrit des chèvres et goûte des yaourts. Lors de l'inauguration d'une nouvelle ferme laitière dans le nord-ouest de la campagne nord-coréenne, le dirigeant a voulu se montrer proche du peuple, spécialement les populations rurales. Dans le contexte de la terrible crise alimentaire qui frappe la Corée du Nord, ces photos semblent fortement marquées par la propagande.
Chose étonnante: le leader nord-coréen a choisi des mots particuliers pour souligner son image de dirigeant attentif. Il a reconnu les manquements de son propre gouvernement et a présenté des mesures afin d'approvisionner la population nord-coréenne en viande et produits laitiers.
Kim Jong Un prévoit de remédier à la famine
Kim Jong Un en a profité pour présenter sa vision d'une économie agricole nationale. L'objectif: fournir en permanence à toute la population des produits transformés à base de viande et de lait.
Selon un rapport de 2021 de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture de l'ONU (FAO), la Corée du Nord manquerait d'environ 860'000 tonnes de nourriture – soit l'équivalent de deux mois de nourriture.
Depuis, les choses ne semblent pas avoir beaucoup changé. Au contraire, la situation de l'approvisionnement alimentaire s'est encore aggravée. Dès l'été 2023, la situation était devenue si précaire – en raison de mauvaises récoltes engendrées par des intempéries et de l'isolement prolongé lié aux mesures contre le Covid-19 – que les experts ont comparé la situation à la famine la plus grave que le pays ait connue dans les années 1990, indique un rapport de l'ONG allemande Welthungerhilfe.
Il admet des manquements
Comme le montrent les chiffres de l'ONU de mars 2025, un Nord-Coréen sur deux souffre de malnutrition ou de sous-alimentation.
Mais désormais, Kim Jong Un change de ton. Il reconnaît de plus en plus les dysfonctionnements de son propre gouvernement. Lors de sa visite de l'exploitation laitière, il a admis la gravité de la situation économique du pays, qu'il a en grande partie attribuée à la «rhétorique vide» et aux slogans de son régime, concédant l’absence d’actions concrètes.
Mais le fait qu'il reconnaisse des échecs économiques n'est pas tout à fait nouveau. En 2021, il s’en était déjà pris à son gouvernement, reprochant à son parti un manque d'innovation dans l'élaboration du plan quinquennal de développement économique. Les experts y voient une stratégie de réflexion sur sa personne et son gouvernement, visant à renforcer sa crédibilité et sa capacité à impulser des changements.
Situation qui reste précaire
La situation en Corée du Nord reste précaire. Certes, les frontières avec la Chine ont été rouvertes après la crise de Covid-19, mais les importations sont inférieures à celles d'avant 2019.
A cela s'ajoutent de nombreuses sanctions imposées. Même le nouveau partenariat avec la Russie ne garantit pas à la Corée du Nord la sécurité de son approvisionnement alimentaire. De plus, le pays rejette régulièrement les offres d'aide du Kremlin, affirmant qu'il peut se sortir seul de la crise.