L'Inde a confirmé qu'elle voulait priver le Pakistan de l'eau des fleuves qui prennent leur source sur son territoire, un an après avoir dénoncé unilatéralement un traité de partage des eaux en représailles à un attentat attribué à Islamabad. «C'est une évidence, plus une goutte d'eau ne coulera (au Pakistan) dans les années qui viennent», a affirmé le ministre indien de l'Eau, CR Patil, dans un entretien accordé mardi à l'agence de presse ANI. «Nous y travaillons activement», sur «directive» du Premier ministre Narendra Modi, a ajouté CR Patil.
La semaine dernière, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères avait reproché à New Delhi deux projets d'aménagement du bassin du fleuve Chenab qui, selon lui, vont affecter son débit en aval. «Ces projets confirment que l'Inde veut transformer en arme la question de l'eau», a affirmé devant la presse Tahir Andrabi, «ce qui aurait de dangereuses conséquences non seulement pour le Pakistan mais aussi sur la stabilité régionale et la paix et la sécurité internationales».
«Couper l'eau»
Islamabad répète que toute tentative de modifier le débit des fleuves serait considérée comme un «acte de guerre». Signé en 1960, le traité bilatéral de partage des eaux de l'Indus répartit le contrôle du bassin de six cours d'eau qui naissent dans la partie indienne du Cachemire et se rejoignent en aval pour grossir l'Indus au Pakistan.
A l'Inde celui des trois fleuves orientaux (Ravi, Beas et Sutlej), au Pakistan celui des trois situés plus à l'ouest (Indus, Jhelum et Chenab), qui représentent à eux seuls 80% du volume total d'eau du bassin. L'an dernier, New Delhi avait attribué à Islamabad la responsabilité de l'attentat de Pahalgam, qui avait fait 26 morts le 22 avril 2025. M. Modi avait en retour annoncé la suspension de sa participation au traité de l'Indus et son intention de «couper l'eau» au Pakistan.
Une violente confrontation militaire avait opposé dans la foulée les deux puissances nucléaires, la plus meurtrière - plus de 70 morts - des vingt dernières années. En mai, la compagnie nationale d'hydroélectricité a annoncé son intention de construire un tunnel qui détournerait les eaux du bassin du Chenab vers celui du Beas.
Les experts soulignent que les barrages actuellement en service en Inde ne peuvent pas bloquer et détourner les eaux qui coulent vers le Pakistan, mais permettent seulement d'en réguler le cours. Des lâchers ou retenues d'eau en amont peuvent toutefois sérieusement perturber l'irrigation des cultures. Seule la construction de nouveaux barrages en Inde pourrait permettre de bloquer les eaux qui s'écoulent en aval, ce qui prendrait plusieurs années de travaux.