Entre hits et mots d'amour pour le Brésil, la popstar colombienne Shakira a fait vibrer samedi soir une marée humaine lors d'un méga-concert gratuit sur la plage mythique de Copacabana, à Rio de Janeiro. Selon la mairie, deux millions de personnes ont répondu à l'appel de la «louve», surnom de la chanteuse de 49 ans.
Sous la pleine lune, la silhouette de cet animal formée par des drones s'est d'ailleurs dessinée dans le ciel quelques minutes avant le début du spectacle, sous les vivats et les claquements d'éventails.
Le public a exulté quand, avec plus d'une heure de retard, la star vêtue d'une combinaison scintillante aux couleurs du Brésil est arrivée sur la scène monumentale de 1345 m2, montée pour l'occasion en face du légendaire Copacabana Palace, où elle est logée.
«Brésil, je t'aime! C'est magique de penser que nous sommes ici, des millions d'âmes réunies, prêtes à chanter, danser, nous émouvoir et rappeler au monde ce qui compte vraiment», a-t-elle lancé.
Ce rendez-vous avait été inauguré en 2024 par Madonna, qui avait attiré 1,6 million de spectateurs, avant les 2,1 millions d'admirateurs réunis par Lady Gaga l'an dernier, selon les chiffres de la municipalité.
Tubes
Shakira a enchaîné les tenues comme les tubes, de «Hips don't lie» à «La bicicleta» en passant par «Waka Waka», chanson officielle de la Coupe du monde de football de 2010 en Afrique du Sud.
Elle a pu compter sur des invités de marque: Caetano Veloso et Maria Bethania, frère et soeur et légendes de la musique brésilienne, et la popstar carioca Anitta.
«Shakira n'a pas besoin d'entrer dans un moule, elle fait vraiment de l'art, elle fait ce qu'elle veut par amour. Elle m'inspire beaucoup, c'est une femme latine au sommet», dit à l'AFP Joao Pedro Yelin, styliste de 26 ans venu de Sao Paulo. «Elle aime beaucoup le Brésil, et l'amour qu'elle nous porte, nous le lui rendons», s'enthousiasme Graciele Vaz.
Cette fan de 43 ans, qui s'est fait tatouer une louve dans le dos en l'honneur de l'artiste, a dormi sur la plage après avoir fait le trajet depuis la petite ville côtière de Paraty, à quelques heures de Rio. Géant lusophone, le Brésil s'est toujours senti à part en Amérique latine, jusqu'à se demander s'il est lui aussi latino.
«Emancipation des femmes»
Historiquement réfractaire aux musiques étrangères, notamment celles de ses voisins hispanophones, il s'ouvre cependant peu à peu à cette pop latine qui fait aujourd'hui danser la planète entière. Mais Shakira a une relation spéciale avec le Brésil. La Colombienne au célèbre déhanché s'y est produite à de nombreuses reprises depuis 1996 et parle couramment portugais.
C'est à Rio qu'elle avait lancé en février 2025 sa tournée mondiale intitulée «Las mujeres ya no lloran» ("Les femmes ne pleurent plus"), du nom de son dernier album studio. L'opus contient le hit «Bzrp Music Sessions, Vol. 53», sur sa rupture sentimentale avec l'ancien footballeur espagnol Gerard Piqué. C'est sur ce titre rageur qu'elle a conclu plus de deux heures de concert.
Christopher Yataco, un Péruvien de 28 ans, a économisé pendant un an et voyagé depuis Lima pour voir son idole, dont il admire le «côté très latin, le fait qu'elle représente toute la communauté latino et l'émancipation des femmes». La mairie de Rio vise des retombées économiques de plus de 800 millions de réais (124 millions de francs).
L'instauration d'un méga-concert annuel fait partie d'une stratégie, couronnée de succès, pour doper le tourisme: la ville a accueilli 2,1 millions de touristes étrangers en 2025, un record. Les autorités avaient encore renforcé la sécurité pour cette édition, déployant quelque 8000 agents et des drones.
L'an dernier, au lendemain du show de Lady Gaga, la police avait annoncé avoir déjoué un attentat à la bombe fomenté par un groupe qui «diffusait des discours de haine», notamment contre la communauté LGBT.