Les individus ont tendance à surestimer l'impact de petits gestes sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, selon une étude de l'Université de Genève et en sous-estimer d'autres. En cause: deux biais psychologiques. Leur identification doit permettre de revoir les stratégies pour modifier les comportements.
Emmenée par Mario Herberz, post-doctorant au Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, une équipe a cherché à identifier les barrières psychologiques qui expliquent ces erreurs d'évaluation, a indiqué lundi l'UNIGE. Elle a commencé par examiner la «compétence carbone» de 3000 personnes en retenant 32 actions individuelles.
Selon cette étude publiée dans Nature Sustainability, l'impact de petites actions - recyclage, utilisation de matériaux recyclés, achat d'appareils électroménagers plus efficaces, amélioration de l'isolement thermique du logement, télétravail - est surestimé. A contrario, les mesures plus déterminantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre - renoncer à l'avion, vivre sans voiture, choisir de l'électricité renouvelable - sont sous-estimées.
Raccourci mental
Deux biais psychologiques expliquent ce déficit de compétence carbone, selon les scientifiques. D'abord, l'«heuristique de disponibilité», un raccourci mental qui consiste à juger une action plus efficace lorsqu'elle nous vient facilement à l'esprit, notamment parce qu'elle est très présente dans les médias ou abordée à l'école.
Le second biais est le «raisonnement motivé», qui vise à préserver une image positive de soi. «Il pousse les individus à croire que les actions qu'ils et elles pratiquent déjà sont plus efficaces, car cette perception renforce l'image positive qu'ils et elles ont d'eux-mêmes et elles-mêmes», explique Mario Herberz, cité dans le communiqué.
Les scientifiques montrent également que les personnes ayant des valeurs écologiques fortes sont souvent trop optimistes et ont tendance à surestimer l'impact de toutes les actions environnementales en général, écrit l'UNIGE. Et celles qui sont plus à l'aise avec les chiffres ont tendance à être plus précises dans leurs estimations et moins influencées par ces biais.
Adapter les campagnes
Plusieurs interventions ont ensuite été testées pour corriger ces erreurs d'évaluation. «Les résultats montrent que leur efficacité varie fortement d'une personne à l'autre, notamment sa capacité à utiliser le coût comportemental d'une action comme indicateur de son impact réel», révèle Mario Herberz.
«Le défi consiste donc à adapter les campagnes de sensibilisation aux différents profils de la population, qui restent à définir, afin d'encourager l'adoption de comportements et le soutien aux politiques les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre», poursuit le chercheur.