Lena Walsh se réjouissait d'un heureux voyage en famille au Cap-Vert. Le 1er août dernier, cette Britannique de 64 ans s'envole pour l'archipel avec son mari, son fils Sean et la compagne de ce dernier.
Mais leurs vacances ont vite tourné au cauchemar, comme le relate le «Times», samedi 31 janvier. Quelques jours après son arrivée, Lena Walsh tombe malade. Si les symptômes évoquent au départ une banale gastro-entérite, son état se détériore rapidement. La sexagénaire est soudainement prise de douleurs abdominales particulièrement violentes.
Sa famille décide rapidement de l'emmener à l'hôpital. Sur place, les médecins suspectent une appendicite et décident de l'opérer. Selon son mari, qui attendait inquiet devant le bloc, elle aurait crié de douleur peu avant l'intervention. Lena Walsh a fait un arrêt cardiaque dès la première incision et n'a jamais repris connaissance.
Un cas loin d'être isolé
Rapatrié au Royaume-Uni, son corps fait l'objet d'une autopsie. Première constatation: aucune anomalie n'est relevée au niveau de l'appendice. La cause du décès est finalement attribuée à une insuffisance cardiaque. Une gastro-entérite aiguë et la tentative d’appendicectomie sont uniquement mentionnées comme facteurs secondaires.
Si cette mort reste énigmatique, le contexte dans lequel elle a lieu l'est tout autant. Car la famille Walsh n'est pas la seule à avoir perdu un être cher au Cap-Vert dernièrement: trois autres ressortissants britanniques sont décédés dans des circonstances similaires – troubles gastro-intestinaux et défaillances cardiaques – dans les trois mois suivant le décès de Laura Walsh. Leur point commun? Ils ont tous séjourné dans un hôtel Riu, une chaîne espagnole possédant six complexes hôteliers au Cap-Vert.
Mystérieux mal
Si aucune source médicale ne l'affirme, l'hypothèse la plus probable est que ces touristes ont tous contracté la shigellose, une infection bactérienne provoquant des diarrhées sévères, de la fièvre ainsi que des crampes abdominales. Transmise par l'eau ou des aliments contaminés, elle guérit souvent spontanément mais peut s'avérer plus grave chez les personnes à risque.
Entre octobre et décembre 2025, l'Agence britannique de sécurité sanitaire a recensé 137 cas, dont 80% liés à un séjour au Cap-Vert. Et ce n'était pas le premier signal d'alerte: en 2022 déjà, une flambée de cas avait été signalée sur l'archipel.
Un système submergé
Situé à 560 kilomètres des côtes sénégalaises, le Cap-Vert s'est imposé en vingt ans comme une destination particulièrement prisée des Européens, notamment par les Britanniques qui représentent plus d'un tiers des visiteurs. Leurs séjours dans l'archipel sont passés de 115'000 en 2000 à près d'un million en 2024.
Pourtant, le système de santé du pays reste encore aujourd'hui très limité. Officiellement organisé et accessible à l'ensemble de la population capverdienne, il souffre toutefois d'un manque de spécialistes, d'équipements avancés et de structures adaptées aux urgences. L'afflux massif de touristes surcharge un système qui n'a jamais été redimensionné.
A la suite de ces mystérieux décès, les autorités locales ont organisé en décembre une réunion d'urgence avec différents groupes hôteliers installés sur l'archipel afin d'identifier des mesures correctives, notamment l'élimination des eaux stagnantes et le renforcement de la lutte antiparasitaire. Cette dernière a surtout pour but de combattre la prolifération des mouches et des moustiques.
Le tableau de rêve entaché
A l'heure actuelle, plus de 300 plaignants poursuivent Tui devant la justice, estimant que l'entreprise n'a pas respecté ses obligations en matière de sécurité alimentaire et sanitaire. Le groupe allemand conteste ces accusations, invoquant la multiplicité possible des causes de troubles gastro-intestinaux.
En parallèle, les autorités britanniques ont actualisé leurs recommandations aux voyageurs: hygiène rigoureuse des mains, consommation d'aliments bien cuits et prudence avec l'eau du robinet et des piscines. Les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques sont en outre invitées à consulter rapidement en cas de symptômes.
Derrière l'image de plages paradisiaques et de complexes luxueux, ces affaires mettent en lumière des fragilités plus profondes au Cap-Vert, interrogeant la capacité d'une destination en plein essor à faire face aux urgences sanitaires. Ainsi qu'à garantir un système de santé adéquat dont dépend avant tout la population locale.