Un incendie s'est déclenché mardi dans le dépôt de munitions d'un camp militaire de Bujumbura, selon l'armée burundaise, provoquant de très nombreuses explosions et la panique au sein de la population de la capitale économique du Burundi. Sur une vidéo vue par l'AFP, un haut champignon de fumée surplombait à la tombée de la nuit un quartier de Bujumbura, «semant la terreur» dans la ville, selon un habitant. De nombreux contenus postés sur les réseaux sociaux montrent des très hautes flammes visibles à distance depuis les hauteurs de Bujumbura.
«Un grave accident électrique dans le magasin des munitions de la FDNB (Force de défense nationale du Burundi) basé à Musaga est à l'origine des explosions entendues en ce moment dans la capitale économique Bujumbura», a commenté un porte-parole de l'armée burundaise Gaspard Baratuza. Musaga se trouve dans le sud de Bujumbura, ville de plus d'un million d'habitants.
«Nous invitons la population à rester sereine et à éviter les zones environnantes, les services habilités sont en cours d'intervention», a-t-il poursuivi dans un message diffusé dans un groupe WhatsApp de journalistes. Un enregistrement sonore envoyé à l'AFP fait entendre des détonations lourdes à répétition. «C'est le camp de base qui est en train d'envoyer des munitions. C'est des bombes, on les voit!», a narré par téléphone à l'AFP un habitant du quartier de Gasekebuye, situé à plusieurs kilimètres de Musaga. «C'est des munitions qui sont en train de brûler. Ca nous envoie des bombes. Moi dans ma maison, des vitres ont déjà explosé», a-t-il poursuivi.
L'organisation SOS Médias Burundi, sur X, dans un post publié peu après 19H00 de Bujumbura (17H00 GMT), faisait état de nombreux habitants «continuant de fuir leurs maisons». «Au moins trois installations militaires sont situées dans le même périmètre, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'ampleur de l'incident», poursuit cette organisation.
Aucun bilan pour l'instant
Aucun bilan humain n'a pour l'instant été communiqué par les autorités, qui, plusieurs heures après les faits, n'avaient pas commenté l'incident. Le Burundi est le pays le plus pauvre du monde en terme de PIB par habitant, selon un classement de la Banque mondiale de 2023. Il fait face depuis des années à une crise économique profonde marquée notamment par une sévère pénurie d'essence le paralysant depuis trois ans.
Depuis qu'Evariste Ndayishimiye en a pris les rênes en juin 2020, cette ancienne colonie belge oscille entre signes d'ouverture du régime, qui reste sous l'emprise de puissants généraux, et ferme contrôle du pouvoir, marqué par des atteintes aux droits humains dénoncées par ONG et ONU.
Evariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africain, venait de revenir mardi après-midi de Centrafrique, où il avait assisté la veille à l'investiture du chef de l'Etat Faustin-Archange Touadéra, réélu fin décembre pour un troisième mandat. Des habitants de Bujumbura ont indiqué à l'AFP avoir initialement craint un coup d'Etat, alors que des tirs de tous types de munitions retentissaient et que les traces d'obus déchiraient le ciel.
«Il y a des échanges de tirs. (...) Restez à la maison à couvert! Pas de déplacements inutiles. Si vous êtes sur la route, rentrez le plus rapidement possible dans une maison 'safe'», a diffusé une ambassade européenne à un groupe de ses ressortissants peu après le début des explosions. Alors que les médias d'Etat sont souvent visés lors de putsches, un engin s'est notamment écrasé près de la radio nationale, a indiqué à l'AFP un habitant vivant près de ce bâtiment.