«Crimes de masse», «sadisme», «torture»: entre 700 et 1500 élèves ont potentiellement été victimes «de violences d'une exceptionnelle gravité» à Notre-Dame-De-Bétharram et dans d'autres établissements de la congrégation religieuse, selon le rapport d'une ONG spécialisée dévoilé samedi.
Cet «ordre de grandeur», tiré de plusieurs projections statistiques «à interpréter avec une extrême prudence», témoigne de décennies de «violences systémiques» et «institutionnelles», de 1950 à 2000, estime l'Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d'un an à la demande de la congrégation mise en cause.
L'identification de 37 auteurs, religieux et laïcs, écarte la thèse d'une «addition d'actes individuels» et se rapproche plus de l'organisation de «crimes de masse», ajoute cette ONG spécialisée dans la justice transitionnelle en zone de conflit.
«Défaillance générale» des contrôles
«Dans ces murs se sont déroulées des violences d'une exceptionnelle gravité, que l'on peut assimiler à du sadisme et de la torture», a déclaré depuis la cour de cet établissement scolaire religieux proche de Lourdes, Jean-Pierre Massias, juriste qui a dirigé la commission d'enquête avec plusieurs anciens magistrats, juristes et psychologues.
La piste d'une «prétendue tolérance de l'époque» à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par «la valorisation de la dureté», doit être également rejetée, affirment les auteurs, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique.
Lors de la remise du rapport, Gustavo Eduardo Agin, supérieur général des frères de Bétharram, a demandé «pardon à toutes les victimes, ainsi qu'à l'Eglise et à la société toute entière» «au nom de toute la congrégation» et condamné «ces événements» «avec la plus grande fermeté».
Perduré durant «des décennies»
Piqûres d'eau, abus sexuels, gifles, enfants dénudés près d'un cours d'eau gelé: un «système institutionnel de violences (...) bien rôdé» a perduré durant «des décennies» via des «mécanismes de silenciation» des élèves, «fondés sur la peur, la honte et la domination», insistent les enquêteurs.
Les alertes «dispersées» et «fragmentées» de victimes ou de leurs proches ont également été perçues comme «peu crédibles» localement face à «la réputation de l'établissement», appuyé par «l'attachement de nombreux anciens élèves» et au «prestige attaché à l'autorité religieuse», relève également l'IFJD, qui pointe «une défaillance générale des mécanismes de contrôle» de l'Eglise comme de l'Etat.
L'ex-Premier ministre et figure politique locale François Bayrou, qui avait des enfants scolarisés à Bétharram, avait notamment été accusé d'avoir eu connaissances d'abus au sein de l'établissement sans intervenir, ce qu'il a toujours nié. «La congrégation est responsable mais elle n'est pas la seule», ont appuyé devant la presse les enquêteurs, parlant de «faute par omission» de la part «des autorités publiques».
«Reconstruction»
Pour la «reconstruction» des victimes, dont les violences font «l'effet» d'une bombe à fragmentation» durant «toute leur vie», la commission préconise «l'organisation d'un tribunal citoyen», alors que l'essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes sont prescrits, en raison de l'ancienneté des faits - seuls deux hommes, un laïc et un religieux, ont été mis en examen.
L'IFJD soutient aussi la création «d'un mécanisme de réparation financière», en parallèle aux 1,4 million d'euros d'indemnisation versés par la congrégation à 48 victimes à ce jour. Mais l'affaire Bétharram, «rendue possible par une succession de renoncements, d'aveuglements, de silences et de défaillances», «n'est pas une anomalie», ajoutent les auteurs.
Dévoilée en 2023 par des témoignages d'anciens élèves publiés en cascade sur Facebook, elle «montre que la protection des enfants ne peut reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d'alerte», conclut le rapport, qui implore la société d'"écouter» les enfants «lorsque leur parole trouble l'ordre établi».
Pour la magistrat enquêteur de l'IFJD, Jean-Pierre Rosenczveig, «après la libération de la parole des enfants de violence sexuelles dans les années 1980, on s'attendait à une rivière». «Ce fut une fleuve, et ce sera un tsunami si toutes les victimes parlent.» Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160'000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.
- Police: 117
- Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)
Centres d’aide aux victimes LAVI
Et pour les jeunes:
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- Pro Juventute (24/7): 147
- Patouche: 0800 800 140
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