«Je n'avais pas voté depuis 1991»
Le Bangladesh de retour aux urnes, un an et demi après sa révolution

Le Bangladesh a débuté jeudi le vote législatif après quinze ans de règne de Sheikh Hasina. Dès l'ouverture à Dacca, de nombreux électeurs se sont pressés pour voter.
Des électeurs montrent leur bulletin en attendant de voter lors des législatives du Bangladesh à Dacca, le 12 février 2026.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Le Bangladesh a commencé à voter jeudi pour élire ses députés et tourner la page des quinze ans du règne de fer de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina, emportée en 2024 par une insurrection meurtrière menée par les jeunes de la Génération Z. Dès l'ouverture des bureaux de vote à 7h30 locales (1h30 GMT), de nombreux électeurs de la capitale Dacca se pressaient pour déposer leur bulletin dans l'urne.

«Je n'avais pas voté depuis 1991 (...) je suis ravi d'être le premier à voter aujourd'hui», a déclaré l'un d'eux, Nur Alam Shamim, 50 ans, qui s'est présenté aux aurores dans son bureau du New Model Degree College. «J'invite tout le monde à faire de même».

Le parti de Sheikh Hasina ayant été déclaré hors-la-loi, ses deux opposants historiques, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et les islamistes du Jamaat-e-Islami, sont présentés comme les grands favoris. Héritier d'une longue dynastie politique, le chef du BNP Tarique Rahman, 60 ans, a la faveur des pronostics pour diriger le futur gouvernement. Confiant, il a déclaré à l'AFP espérer «un mandat clair du peuple» pour rebâtir un pays selon lui «détruit» par l'ancien régime.

Face à lui, le chef du Jamaat Shafiqur Rahman, 67 ans, qui a connu les geôles de Sheikh Hasina, a pris la tête d'une coalition et ambitionne de devenir le premier Premier ministre islamiste de l'histoire du Bangladesh, un pays à 90% musulman. Tout au long de ses discours, il a tenu un discours modéré, y compris sur la place des femmes dans la société, et promis des emplois et la fin de la corruption.

Les jeunes réclament un changement radical

Plus de 127 millions de Bangladais sont appelés à élire les 350 membres de la chambre unique du Parlement. Tendue, parfois violente, la campagne s'est aussi déroulée dans une ferveur inédite depuis l'élection de Sheikh Hasina en 2009. Les scrutins suivants ont tous été boudés par l'opposition ou dénaturés par des fraudes massives.

Fers de lance des émeutes meurtrières de l'été 2024, les jeunes – les 18-37 ans constituent 44% du corps électoral – espèrent des changements profonds, dans un pays à l'économie en panne et malade de la corruption. «Avant, je n'allais pas voter», a confié à l'AFP Md Shezar, un étudiant de 26 ans à l'université de la capitale Dacca. «Cette fois, j'espère que l'élection sera honnête, alors je rentre chez moi pour déposer mon bulletin dans l'urne».

«La signification de cette journée est considérable», a souligné lors d'un discours télévisé le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, à la tête du gouvernement provisoire qui a pris les rênes du pays à l'été 2024. Agé de 85 ans, le pionnier de la microfinance a annoncé son retrait dès les résultats du scrutin prononcés.

En guise de testament politique, il a obtenu des partis politiques l'adoption d'une série de réformes institutionnelles – deux mandats de Premier ministre maximum, deuxième chambre au Parlement – destinées à renforcer la démocratie. Cette «Charte de juillet» est soumise jeudi à l'approbation des Bangladais par référendum. L'issue du scrutin législatif reste très incertaine.

Plus de 300'000 soldats mobilisés

De son exil indien, Sheikh Hasina, condamnée à mort pour la répression de la révolte de 2024, n'a donné aucune consigne de vote aux électeurs habituels de son parti interdit, dont l'attitude sera l'une des grandes inconnues du scrutin.

«Le défi du Bangladesh est désormais de faire en sorte que cette élection soit honnête et impartiale, celui de tous les partis d'en accepter les résultats», a souligné l'analyste Thomas Kean, de l'International Crisis Group (ICG). La commission électorale s'est engagée à assurer un scrutin régulier et table sur une forte participation.

Le gouvernement provisoire a déployé les grands moyens pour s'assurer du bon déroulement des opérations électorales. Plus de 300'000 soldats, policiers et autres membres des forces de sécurité ont été mobilisés. Les bureaux de vote doivent fermer à 16h30 locales (12h30 GMT) et les premiers résultats sont attendus dès les premières heures de vendredi.

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