Le président ultralibéral argentin Javier Milei a renouvelé dimanche ses accusations contre son homologue brésilien de centre gauche Luiz Inacio Lula da Silva, le traitant de «voleur» et de «corrompu», des propos déjà à l'origine d'une crise diplomatique bilatérale depuis une semaine. «C'est un voleur, c'est un corrompu, il a été condamné pour vol et corruption, il a été en prison, donc c'est vrai qu'on peut parler de détenu», a déclaré Javier Milei dans une interview sur la chaîne LN+.
Les propos le week-end dernier de Javier Milei envers Lula, déjà qualifié de «prisonnier» et «voleur» lors d'un meeting de soutien à la candidature présidentielle brésilienne de Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, avaient été à l'origine d'une crise diplomatique entre les deux pays. Brasilia avait rappelé pour consultation son ambassadeur en Argentine, et convoqué l'ambassadeur argentin pour lui transmettre sa «réprobation».
L'Argentine, dans les jours suivants, avait tenté de minimiser l'incident diplomatique, estimant que les divergences entre les deux dirigeants relevaient «d'une dimension idéologique et politique». Le ministre argentin des Affaires étrangères Pablo Quirno avait abondé dans ce sens, soulignant que du point de vue argentin, «il n'y a absolument aucune possibilité que, de notre côté, la relation (diplomatique) se rompe».
«Je suis en compétition avec moi-même»
Le Brésil est, juste devant la Chine, le premier partenaire commercial de l'Argentine. Revenu au pouvoir à Brasilia en 2023, Lula, s'est lancé dimanche, à 80 ans, dans la course pour un quatrième et dernier mandat lors du scrutin d'octobre prochain au Brésil, se déclarant «en pleine forme».
De son côté Javier Milei, 55 ans, président depuis décembre 2023, évoque de plus en plus ouvertement une candidature a sa propre succession lors de l'élection présidentielle d'octobre 2027, même s'il n'a pas lancé officiellement sa candidature. «Je suis en compétition avec moi-même», a-t-il répété à plusieurs reprises ces dernières semaines, et encore dimanche, vantant les résultats de sa politique d'austérité contre l'inflation, et paraissant écarter la menace de l'opposition péroniste (centre gauche) en vue de 2027.
Interrogé dimanche sur le pourquoi de son «agressivité» apparente vis-à-vis de son homologue brésilien, Javier Milei a rétorqué: «Vous ne trouvez pas que c'est agressif quand quelqu'un vous vole? Dire 'voleur' à un voleur est bien moins grave que l'acte de voler lui-même». «Ils l'ont (Lula) libéré à cause d'une erreur administrative, pas parce qu'il est innocent. Par conséquent, c'est un voleur et un corrompu», a insisté le président argentin dimanche.
Lula avait passé 580 jours en prison en 2018-2019 pour corruption dans le cadre d'un scandale retentissant. Mais sa condamnation avait été ensuite annulée, pour des motifs de procédure et car le juge avait été considéré comme partial. «Je le fais parce que je suis un croisé des idées de la liberté», a encore ajouté le président ultralibéral, en référence à ses prises de positions, voire attaques virulentes, contre des gouvernements de gauche ou centre gauche en Amérique latine, ou ailleurs.