Après une amende de Bruxelles
Elon Musk menace ni plus ni moins l'Europe d'une guerre numérique

Le propriétaire du réseau social X et de Starlink a décidé d'en découdre avec l'Union européenne qui vient de lui infliger une forte amende. L'objectif: vassaliser encore plus les Européens sur le plan numérique.
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La Commission européenne vient d'infliger au réseau social X une amende de 120 millions d'euros.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Elon Musk vient de déclarer la guerre à l'Union européenne. Une guerre numérique. «L'UE devrait être abolie», a tonné le milliardaire sur son réseau social X, après avoir écopé d'une amende de 120 millions d'euros. La Commission européenne lui réclame cette somme en application du règlement européen sur les services numériques (DSA), notamment pour l'utilisation problématique des coches bleues, destinées à singulariser les meilleurs utilisateurs de X. Motif: aucune vérification n'est faite des contenus publiés par ces utilisateurs privilégiés. La coche bleue est automatiquement accordée à ceux qui paient.

Parler de guerre numérique est-il exagéré? Non, car dans ce domaine, les géants de la tech américaine sont tous d'accord pour imposer leurs règles à l'Union européenne, qui espère les mettre au pas avec son DSA (Digital Services Act), un règlement entré en vigueur le 17 février 2024. Or l'amende infligée au réseau social d'Elon Musk est la première prise par l’UE pour non-conformité depuis l’application des règles du DSA.

Les plateformes américaines attaquées?

Résultat? Une levée de boucliers américaine. «Il s'agit d’une attaque contre les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers», a riposté sur X le secrétaire d'Etat Marco Rubio. Et d'ajouter: «L’époque où l’on censurait les Américains en ligne est révolue.»

Elon Musk, lui, a depuis longtemps adopté une posture agressive. En janvier de cette année, juste avant l'investiture de Donald Trump pour son second mandat présidentiel, le milliardaire avait qualifié l’ancien commissaire européen au numérique, le Français Thierry Breton (père du DSA), de «tyran de l’Europe», parce qu'il lui avait reproché de soutenir l’extrême droite allemande. «Mec, la soi-disant ingérence étrangère américaine est la seule raison pour laquelle tu ne parles pas allemand ou russe aujourd’hui», lui avait-il lancé, en référence aux débarquements américains en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

La Big Tech et son pouvoir

Le journaliste suisse Bruno Giussani, qui fut longtemps patron des conférences TED en Europe, connaît bien la «big tech» américaine. Son avis sur la probabilité de cette guerre numérique est inquiétant. «Les faits parlent d'eux-mêmes. Nous sommes terriblement dépendants des algorithmes de la tech américaine qui nous a presque pris en otage», confie-t-il à Blick. Son dernier livre «Moins d'Amérique dans nos vies» (Ed. Georg) explore cette dépendance.

Et Elon Musk dans tout ça? «Alors que nous nous concentrons sur les entreprises, l’entrepreneur, l’homme le plus riche du monde et son rôle dans la pop culture (que nous nous concentrons sur le business et le divertissement), ce qui passe à côté, c’est le pouvoir, expliquait-il voici deux ans dans un post de son blog. Ce qu'il faut avoir en tête, c'est la structure de pouvoir que ces entreprises et leurs relations avec l’Etat créent, et l’ampleur des leviers de pouvoir que cela, combiné à ses milliards, donne à Musk.» On connaît la suite: la seconde élection de Trump, la nomination de Musk à la tête du «Department of Government Efficiency» (DOGE) chargé de décapiter l'Etat fédéral, et ses postures de plus en plus guerrières vis-à-vis de l'Europe.

Monopole privé

«Il n’y a qu’une seule chose pire qu’un monopole d’Etat. Et c’est un monopole privé dont l’Etat dépend», complète Bruno Giussani. Or si l'on considère la tech américaine, sous toutes ses formes, nos Etats européens sont dans cette situation de dépendance. Bien que le Digital Services Act couvre un large éventail de plateformes numériques, nombre des entreprises soumises à ses exigences les plus strictes sont américaines en raison de leur portée et de leurs vastes bases d’utilisateurs. Or ces entreprises n'entendent rien céder. Andrew Puzder, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’UE, s’est même demandé lors d’une interview à Bloomberg Television si les règles du bloc n’étaient pas «un effort visant à favoriser les concurrents européens par rapport aux entreprises américaines». Et de compléter: «Si c’est le cas, cela appelle une réponse des Etats-Unis.»

À lire: «Moins d'Amérique dans nos vies» de Bruno Giussani (Ed. Georg)

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