Texte Thomas Kutschera
«Comme c’est bon de te voir, Silvina! Grazie, mille grazie!» Maria Marinelli, 85 ans, remercie la bénévole qui lui rend visite tandis que celle-ci lui verse un expresso. «Assieds-toi, j’ai beaucoup de choses à te raconter», lance l’octogénaire. Elle lui donne des nouvelles de ses trois arrière-petits-enfants, puis narre comment son mari, Antonio, a préparé de délicieux spaghettis la veille, «presque trop épicés». Les deux femmes éclatent de rire. Silvina Valente lui demande ensuite comment va sa jambe droite: «Elle me refait mal depuis quelques jours. Mais cela ne va pas nous empêcher de sortir!» La bénévole sourit: «Certainement pas. D’ailleurs, je suis aussi là pour te faire prendre l’air!»
Les mercredis après-midi sont un moment fort dans la semaine de Maria Marinelli. Elle vit à Lausanne avec Antonio, son mari de 86 ans. Silvina Valente passe à chaque fois deux heures avec elle. L’infirmière de 49 ans est bénévole au service de visite et d’accompagnement de la Croix-Rouge vaudoise. Destinée aux personnes souffrant d’isolement social, la prestation vise principalement les personnes, hommes et femmes, de plus de 65 ans.
«Le sentiment d’isolement augmente avec l’âge et la solitude a une influence négative sur la santé», souligne Silvina Valente. Une étude a démontré qu’en Suisse 70 000 personnes âgées se sentent seules. L’an dernier, ce problème a gagné en ampleur. «La plupart des gens souffrent en silence. Leur tenir compagnie améliore leur qualité de vie.»
Pendant des mois, à cause des restrictions sanitaires, Silvina Valente n’a pas pu se rendre chez les Marinelli. Elle leur téléphonait néanmoins deux fois par semaine, pour prendre de leurs nouvelles. Maria Marinelli, qui a subi une opération à la hanche et une du cœur, doit se déplacer avec un déambulateur. Antonio, son époux, s’occupe du ménage. Mariés depuis soixante-sept ans, ces deux Italiens de souche vivent dans le même appartement depuis 1971. Leur fils Luigi habite également à Lausanne, mais cela fait longtemps qu’ils ne l’ont pas vu. «Nous avons passé des semaines seuls, sans mettre le nez dehors», souligne Maria Marinelli. Le couple vient de recevoir sa deuxième dose de vaccin contre le coronavirus, et Silvina Valente peut de nouveau lui rendre visite. En 2020, 2700 bénévoles ont travaillé 120 000 heures pour le service de visite. Et la CRS accueille avec joie de nouveaux volontaires.
Silvina Valente s’occupe des Marinelli depuis 2019. Elle connaît leur région d’origine et parle bien l’italien. Avec le couple, le courant est passé dès la première visite: «Chacune d’entre elles est un cadeau», relève Maria, en tendant la main vers son déambulateur. «Allons nous promener!» lance-t-elle. Silvina l’aide à enfiler sa veste. «Grazie, Silvina, mille grazie.»