Le conseiller aux États UDC bernois Werner Salzmann n'y comprend plus rien. «D'un côté, l'armée tire la sonnette d'alarme à juste titre: la capacité de défense du pays doit être à nouveau renforcée de toute urgence», assure-t-il. Mais en même temps, le Conseil fédéral veut affaiblir le tir suisse de manière totalement inutile et par conséquent l'ensemble de la défense suisse, estime-t-il. «En période de crise, comme celle que nous vivons actuellement avec la guerre en Ukraine, c'est irresponsable!»
Mais la ministre de la Défense Viola Amherd reste de marbre. A partir de 2024, le Conseil fédéral veut réduire les subventions pour les munitions GP11. Celle-ci sont principalement utilisées pour le fusil d'assaut 57, dont l'armée ne voulait plus. Le Contrôle fédéral des finances avait donc identifié un potentiel d'économies dans le domaine du tir hors du service militaire. Il a conseillé à la Confédération de se concentrer sur les projectiles modernes dans le cadre des subventions pour les munitions destinées aux exercices et aux manifestations de tir.
Promouvoir les armes modernes
La Confédération subventionne les munitions afin d'améliorer non seulement les activités de tir en dehors du service militaire, mais aussi l'aptitude au tir et la volonté de servir. Tout cela pour renforcer l'armée de milice. Mais contrairement à la cartouche 90 (GP90), plus moderne, les munitions GP11 seront désormais nettement plus chères. Ainsi en a décidé le Conseil fédéral. Concrètement, un tir avec une cartouche GP11 coûtera 60 centimes au lieu de 30 pour une GP90, soit le double! Vous suivez?
Werner Salzmann veut que cela change. Par le biais d'une motion, il souhaite faire en sorte que les subventions restent au même niveau qu'auparavant. Mais les sept sages ne veulent rien savoir. Ils le font clairement savoir dans la réponse à l'intervention qui vient d'être publiée: le gouvernement national est convaincu que si les munitions GP90 deviennent moins chères que les munitions GP11, cela augmentera l'attrait des armes modernes auprès des tireurs. «En même temps, l'utilité du tir hors du service pour l'armée augmente et les coûts pour la Confédération diminuent.» C'est pourquoi le tir hors service militaire continuera d'être encouragé de manière appropriée à l'avenir.
Procédure contradictoire de la Confédération
La Confédération économise ainsi environ 3,5 millions de francs. Toutefois, les sociétés de tir devraient recevoir en contrepartie environ 2 millions de francs supplémentaires pour le programme obligatoire, le tir en campagne ou les cours de jeunes tireurs.
Pas de quoi convaincre Werner Salzmann pour autant: «Si le fusil d'assaut 90 doit être encouragé, pourquoi la Confédération a-t-elle auparavant rendu le fusil d'assaut 57 plus attractif pour les tireurs? C'est une contradiction totale», s'énerve-t-il. Le Département de la défense a en effet autorisé différentes aides à la visée, raison pour laquelle de nombreux tireurs sont passés de l'arme actuelle de l'armée au fusil d'assaut 57, plus précis. «Ce même département débarque à présent et rend les munitions correspondantes plus chères, ce n'est pas possible.»
Pour le conseiller aux États, les conséquences de cette histoire à s'arracher les cheveux sont prévisibles: les tireurs vont se désintéresser du tir. Les premiers sondages dans les clubs montrent que de nombreux départs sont à craindre. Il faut dire que le changement prévu a un coût. Pour 1000 tirs par an, la nouveauté représente 300 francs. «Les jeunes ne peuvent souvent pas se le permettre», explique Werner Salzmann. En contrepartie, la Confédération économise tout juste un million.
«Au final, les tireuses et les tireurs sont harcelés sans nécessité», tonne le Bernois. C'est pourquoi il continue d'espérer que le Parlement puisse encore rejeter les projets du Conseil fédéral.