Blick a fait les calculs
Le tourisme à la pompe séduit de plus en plus de Suisses, mais en vaut-il la peine?

Faire le plein chez nos voisins devient une option intéressante. En France ou en Autriche, l’essence coûte jusqu’à 42 centimes de moins par litre qu’en Suisse. Conséquence logique: le tourisme à la pompe séduit de plus en plus. Mais en vaut-il vraiment la peine?
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En Suisse, les prix de l'essence ne cessent de grimper.
Photo: Sven Thomann

En bref

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  • Les prix du carburant atteignent des sommets en Suisse, avec du diesel à 2,46 CHF/litre en moyenne et allant jusqu'à 2,52 francs par endroits. L'essence coûte 2,14 CHF/litre en moyenne et pourrait encore augmenter.
  • En Autriche, le litre d'essence coûte 1,72 franc, soit 42 centimes de moins qu'en Suisse. Cette différence peut permettre aux automobilistes de faire des économies significatives malgré un détour pour faire le plein.
  • L'Allemagne et l'Autriche prévoient des réductions fiscales sur le carburant dès octobre, ce qui devrait les prix à la pompe encore plus compétitifs que ceux de la Suisse, notamment dans les zones frontalières.
Nathalie Benn

Un simple coup d'œil aux prix affichés dans les stations-service locales donne des sueurs froides aux automobilistes. Selon le Touring Club Suisse (TCS), le diesel coûte en moyenne 2,46 francs le litre en Suisse. Dans une station-service de Winterthour (ZH), le prix du diesel a même récemment franchi la barre des 2,50 francs. Quant à l'essence, dont le prix moyen est actuellement de 2,14 francs le litre, il pourrait encore augmenter.

Les prix à la pompe ont également pris l'ascenseur dans les pays voisins, lesquels ont décidé de réagir: l’Allemagne prévoit de réduire la taxe énergétique sur l’essence et le diesel de 14 centimes par litre à partir d’octobre et jusqu’à la fin de l’année. En Autriche, un allègement de 12 centimes par litre est également prévu à partir d’octobre. Le gouvernement italien, dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni, a quant à lui décidé d'exonérer de taxes automobiles des millions d’automobilistes et de motards à partir de l’année prochaine.

Aujourd’hui déjà, le litre est parfois moins cher de l’autre côté de la frontière. Mais le prix affiché ne dit qu'une partie de la vérité. En effet, les personnes qui traversent la frontière spécialement pour faire le plein consomment du carburant pendant le trajet. Alors pour les plus économes, une question se pose avant tout: ce déplacement en vaut-il vraiment la peine?

Blick a fait le calcul. Pour cette comparaison, les prix moyens nationaux à l’étranger ne sont pas très pertinents. En effet, les automobilistes partis depuis la Suisse font généralement le plein juste après la frontière plutôt qu’à l’intérieur du pays. Blick a donc pris en compte les prix pratiqués dans les stations-service des régions frontalières les plus fréquentées et calculé une moyenne pour l’essence sans plomb 95 et le diesel. Par exemple, en Allemagne, ce sont les stations-service situées près de Constance, Lörrach, Weil am Rhein et Jestetten qui ont été retenues.

Prix moyens calculés à la frontière

  • France*: 1,85 francs (essence sans plomb 95), 2,09 francs (diesel)
  • Allemagne: 2,18 francs (essence sans plomb 95), 2,30 francs (diesel)
  • Autriche: 1,72 franc (sans plomb 95), 2,03 francs (diesel)

*Pour la France, l'analyse est basée sur les prix de TotalEnergies, qui possède de nombreuses stations à proximité de la frontière, notamment dans les cantons de Genève, Neuchâtel et Bâle. Le groupe a instauré dès le printemps dernier un plafonnement des prix pour l'ensemble de ses stations-service dans l'Hexagone.

Pour son calcul, Blick s’est basé sur les données suivantes:

  • Réservoir de 50 litres
  • Consommation de 7 l/100 km
  • 2 francs par litre pour le trajet supplémentaire
  • Il doit rester au moins 5 francs après le détour
  • Distance = distance totale supplémentaire pour l'aller-retour

Ces détours en valent la peine

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Un rapide coup d'œil au tableau ci-dessus montre que l'Autriche offre le plus grand potentiel d'économies. Pour l'essence, l'avantage tarifaire est de 42 centimes par litre. Un plein de 50 litres coûte donc a priori 21 francs de moins qu’en Suisse. Après déduction de l’économie minimale souhaitée de 5 francs, il reste donc 16 francs pour le trajet. A raison de 14 centimes par kilomètre, cela suffit pour parcourir au maximum 114 kilomètres supplémentaires, et même jusqu'à 117 kilomètres pour le diesel . Les habitants du canton de Saint-Gall pourraient donc réaliser des économies en faisant un petit détour par l’autre côté de la frontière.

Les trajets vers la France peuvent eux aussi s’avérer intéressants. Compte tenu des variations de prix, les conducteurs de véhicules à essence peuvent faire un détour de 67 kilomètres au total, et même de 96 kilomètres pour ceux qui disposent d'un véhicule roulant au diesel. Une bonne nouvelle pour les automobilistes de Genève, du canton de Vaud, ou encore de l'Arc jurassien.

L’Allemagne s’en sort, en revanche, beaucoup moins bien: dans l’échantillon, l’essence sans plomb 95 y est plus chère qu’en Suisse d'environ 4 centimes le litre. Pour le diesel, un plein de 50 litres permet dans un premier temps d’économiser 8 francs. Mais pour qu’il reste encore 5 francs après le trajet, le détour ne doit pas dépasser les 21 kilomètres.

Cependant, ces calculs ne tiennent pas encore compte des allègements fiscaux prévus en Allemagne et en Autriche. En d'autres termes: à partir d’octobre, le tourisme à la pompe vers ces deux pays risque bien de devenir encore plus rentable.

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