Le Conseil fédéral souhaite durcir les règles
Les touristes russes continuent d'affluer en Suisse

Malgré la guerre et les sanctions, des centaines de milliers de Russes continuent de passer leurs vacances et leurs week-ends en Europe. Et la tendance est à la hausse. Mais le Conseil fédéral entend désormais durcir le ton.
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Les touristes russes sont de plus en plus nombreux à se rendre en Europe. (Image d'illustration)
Photo: imago images/Chris Emil Janßen

En bref

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  • Les demandes de visas Schengen par des Russes ont augmenté de plus de 10% entre 2024 et 2025, avec plus de 620'000 autorisations délivrées sur 670'000 demandes, malgré la guerre en Ukraine
  • En Suisse, les visas touristiques accordés aux Russes ont chuté de 60% par rapport à avant la pandémie, mais une légère hausse a été observée en 2025 avec 2701 visas approuvés contre 2442 en 2022
  • Le Conseil fédéral envisage de durcir l'octroi de visas touristiques pour les Russes, tout en respectant les règles Schengen, face aux critiques du PS et à un appel européen pour des restrictions accrues
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Daniel Ballmer

Chaque jour, des missiles russes s’abattent sur l’Ukraine. Des nuées de drones détruisent des habitations, des centrales électriques et des routes, faisant des milliers de morts. nkPourtant, pour une grande partie de la population russe, la guerre reste à peine perceptible, et ce malgré les sanctions internationales. Un décalage frappant qui fait les affaires du Kremlin pour poursuivre son offensive.

D'ailleurs, le nombre de touristes russes venus s'offrir des week-ends de shopping et des séjours de luxe dans l'Union européenne a même nettement rebondi dernièrement. En 2025, plus de 670'000 demandes de visas Schengen ont été déposées, dont plus de 620'000 ont été approuvées – soit une hausse de plus de 10% par rapport à l’année précédente.

Cette augmentation s'explique en partie par l'attitude de certains pays membres, qui appliquent les restrictions avec plus de souplesse que d'autres. La France, l'Italie ou l'Espagne sont notamment pointées du doigt pour leur réticence à faire une croix sur une clientèle touristique russe fortunée.

La Confédération veut durcir les règles

En Suisse, la donne serait différente, assure le Conseil fédéral qui affirme que, par rapport à la période précédant la pandémie de Covid, 40% de visas Schengen en moins auraient été délivrés à des ressortissants russes; pour les visas touristiques, la baisse serait de 60%.

Mais ce n’est là qu’une semi-vérité. En effet, dans notre pays aussi, les chiffres ont récemment connu une légère remontée. Ainsi, selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), 2701 visas ont été approuvés l’année dernière. En 2022, lorsque la guerre en Ukraine a éclaté, ce chiffre s’élevait à 2442. Les sanctions semblent donc n’avoir guère changé la donne.

Mais désormais, le Conseil fédéral souhaite resserrer encore la vis. En réponse à une intervention parlementaire, le Département fédéral de justice et police, dirigé par le conseiller fédéral socialiste Beat Jans, examinera dans les prochains mois les moyens de durcir encore l'octroi des visas touristiques, tout en restant dans le cadre strict de l'espace Schengen.

Le PS avait demandé que le Conseil fédéral s’engage pour que, dans tous les Etats de l’espace Schengen, aucun visa à des fins purement touristiques ne soit plus délivré aux ressortissants russes. Cette mesure devrait s’appliquer tout particulièrement aux membres de l’élite politique et économique.

Bien entendu, des dérogations, notamment pour les membres de l'opposition, doivent rester envisageables, ont précisé la conseillère nationale socialiste Nina Schläfli et ses collègues de parti. Au-delà de cet effort européen, les socialistes estiment que la Suisse ne devrait plus délivrer ce type de sésames, arguant que «les entrées nombreuses et fréquentes représentent de plus en plus un risque pour la sécurité».

L’UE veut être à nouveau prise au sérieux

Le Conseil fédéral assure qu’il soutient en principe une politique restrictive en matière d’octroi de visas aux ressortissants russes. Il s’oppose toutefois à une suspension totale sans examen individuel des demandes et sans prise en compte d’éventuelles exceptions. En effet, cela serait incompatible avec le code des visas Schengen, raison pour laquelle le Conseil fédéral rejette l’intervention du PS.

Les règles pourraient toutefois être renforcées à l’échelle européenne. C’est ce qu’avaient réclamé onze Etats dans une lettre de protestation adressée à la Commission européenne: «Il est profondément inquiétant de voir un nombre croissant de touristes russes profiter de vacances à la plage et à la mer dans des stations balnéaires européennes», peut-on y lire. Pour ces Etats, si l'UE veut encore être prise au sérieux, elle doit impérativement mettre fin à cette situation.

La Commission européenne entend désormais réellement durcir le ton – mais des propositions concrètes ne devraient être présentées que l’année prochaine.

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