Vers une percée sur l'Ukraine?
Cet ex-diplomate suisse ne s'enflamme pas avant les sommets de Genève

Les USA, la Russie et l'Ukraine négocieront à partir de mardi sur les rives du Léman. Pour l'ex-diplomate Thomas Greminger, ce sommet est une bonne chose, même s'il ne faut pas en espérer trop.
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Thomas Greminger a été secrétaire général de l'OSCE.
Photo: Keystone
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Raphael Rauch

Thomas Greminger, que va-t-il se passer mardi et mercredi à Genève?
La bonne nouvelle, c’est que la Russie recompose sa délégation. A Abou Dhabi, les négociations étaient menées par des militaires russes. A Genève, ce sera Vladimir Medinski, ancien ministre russe de la Culture, qui avait déjà dirigé la délégation lors des pourparlers de Minsk et d’Istanbul. Il entretient des contacts étroits avec Vladimir Poutine, mais aussi avec la délégation ukrainienne. Cela confère aux discussions de Genève une portée politique plus importante.

Ces dernières années, vous vous êtes souvent rendu en Russie et avez reçu discrètement des interlocuteurs russes à Genève. De quoi avez-vous parlé?
Nous avons évoqué les modalités d’un cessez-le-feu et la mise en place d’un canal de communication informel permettant aux parties d’échanger sans se parler directement, mais par l'intermédiaire d'experts. Il s’agissait de discuter de mesures de confiance, des pistes de résolution du conflit et des récits en présence.

Quels seront les points les plus sensibles à Genève?
La Suisse n’aura aucune influence sur l'ordre du jour. Les questions territoriales seront centrales, tout comme les garanties de sécurité et les modalités de surveillance d’un éventuel cessez-le-feu. Les erreurs commises après la crise de Crimée en 2014 ne doivent pas se répéter.

Le conseiller fédéral Ignazio Cassis s’est rendu cette année à Kiev et à Moscou en tant que président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). N’aurait-il pas dû le faire plus tôt, en tant que ministre suisse des Affaires étrangères?
Cela aurait été bien plus délicat. La Suisse se serait exposée à des accusations de complaisance envers Moscou et de nuisance aux intérêts ukrainiens et occidentaux. La présidence de l’OSCE constitue le mandat adéquat pour dialoguer avec toutes les parties. Cassis a su l’utiliser habilement.

De nombreux pourparlers ont déjà eu lieu. S’agira-t-il simplement d’une réunion supplémentaire?
Plusieurs cycles de discussions seront encore nécessaires avant d’aboutir à un cessez-le-feu. Mais personne ne pourra reprocher à la Suisse de ne pas avoir tout tenté pour jouer un rôle pertinent pour l’Ukraine d’après-guerre. Une éventuelle entente dépendra de Kiev et de Moscou. A Munich, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a résumé la situation: «La bonne nouvelle, c’est que les questions à résoudre pour mettre fin à la guerre ont été identifiées. La mauvaise, c’est que les plus difficiles restent ouvertes et qu’il reste du travail.»

Donald Trump a fixé une échéance à juin. Un cessez-le-feu est-il possible d’ici là?
Ce n’est pas exclu. Mais plusieurs facteurs déterminants demeurent inconnus à nos yeux. Volodymyr Zelensky a besoin de garanties de sécurité fiables de la part des Etats-Unis pour accepter un cessez-le-feu. Il existe toutefois des acteurs susceptibles de faire échouer le processus des deux côtés. Leur influence réelle demeure incertaine.

Quel serait votre scénario idéal?
Kiev et Moscou concluraient un accord-cadre définissant les principes d’un règlement: quelles garanties de sécurité s’appliquent, qui administre quels territoires, comment organiser la reconstruction, quelles dispositions mettre en place pour la protection des minorités. En parallèle, un accord de cessez-le-feu serait signé. Les détails pourraient être négociés ultérieurement.

La Russie a-t-elle réellement intérêt à la paix, ou s’agit-il d’une mise en scène?
A moyen terme, Moscou a intérêt à mettre fin à cette guerre qui lui coûte très cher. Mais elle ne ressent pas de pression immédiate. Elle estime bénéficier d’un avantage militaire et parvient à contourner habilement les sanctions.

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