Ce qui apparaît au premier regard comme un simple dysfonctionnement administratif entraîne aujourd’hui de sérieux remous de l’autre côté de la frontière allemande. L’Union européenne (UE) ne soutient pas uniquement ses propres agriculteurs, mais également des exploitants suisses. En 2024, 766'837 euros ont ainsi été versés à près de 80 exploitations, comme le rapportait Blick en novembre dernier.
Les fonds européens sont destinés à des agriculteurs suisses qui cultivent des terres arables en Allemagne. Ils bénéficient d’un ancien cadre réglementaire. Celui-ci leur permet d’exploiter à bas coût des surfaces situées dans la zone frontalière allemande, puis d’écouler leur production en Suisse aux prix du marché local.
Certains les surnomment d’ailleurs les agriculteurs «Schnäppli» (ndlr: terme suisse-allemand désignant une bonne affaire). Le fait qu’ils perçoivent en plus des subventions en provenance de Bruxelles irrite fortement les agriculteurs allemands.
«Du beurre dans les épinard»
Dans une lettre au ton particulièrement incendiaire, l’association des agriculteurs badois interpelle les responsables politiques. Elle y dénonce une «inégalité de traitement inacceptable». Selon elle, la situation des agriculteurs suisses serait «minimisée».
Il semblerait que certains agriculteurs suisses qualifient ces aides financières de «beurre dans les épinards», comme le rapporte le «Südkurier». Une subvention appréciée, qui s’ajoute aux bénéfices déjà réalisés grâce à l’accord existant. «Vous devez demander à Bruxelles pourquoi il en est ainsi», a récemment déclaré Christian Müller au «Frankfurter Allgemeine Zeitung». Christian Müller est président des agriculteurs schaffhousois et bénéficie lui-même de ces subventions.
Cela ne plaît pas du tout à l'Union des paysans allemande. «L'UE est déjà présentée comme la risée qui donne encore plus d'argent aux opposants à l'UE déjà fortement subventionnés par l'agriculture suisse» , peut-on lire dans la lettre. L'Union demande donc l'arrêt immédiat du versement des fonds européens aux agriculteurs suisses.
Élections régionales le 8 mars
L’association appelle à une intervention ferme des responsables politiques aux niveaux national, fédéral et européen. A l’avenir, les fonds agricoles de l’UE ne devraient être versés qu’aux exploitants dont le siège est enregistré au sein de l’Union européenne.
Par ailleurs, les contrôles devraient être nettement renforcés: les demandeurs dont le siège d’exploitation se situe en dehors de l’UE devraient faire l’objet de vérifications aussi strictes que celles appliquées aux exploitations établies dans l’Union. Si une mise en œuvre rapide s’avérait impossible, l’association exige que la situation soit impérativement renégociée lors des prochains accords agricoles avec la Suisse.
Ce conflit au-delà de la frontière nourrit le mécontentement depuis longtemps. Environ 5700 hectares sont désormais exploités par des agriculteurs suisses dans le sud du Bade-Wurtemberg. A l’approche des élections régionales du 8 mars, le conflit reprend de l’ampleur. Bernhard Bolkart, président de l’association des agriculteurs badois, espère que les responsables politiques s’empareront du dossier. Selon lui, les élus suisses devraient aussi réaliser «qu’il y a quelque chose qui dérape».