«Aggravation du sentiment xénophobe»
La «Suisse à 10 millions» de l'UDC sous les projecteurs de la presse internationale

Le 14 juin 2026, la Suisse votera sur l’initiative des 10 millions lancée par l’UDC. Le texte suscite déjà une large couverture dans les médias internationaux.
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L'UDC veut éviter une Suisse à 10 millions d'habitants.
Photo: Keystone
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Sven Altermatt et Tobias Bruggmann

On connaît désormais la date de l’épreuve de force autour de l’initiative de l’Union démocratique du centre (UDC) dite des «10 millions». Le 14 juin 2026, les électeurs seront appelés aux urnes, a décidé le Conseil fédéral mercredi. Le projet fait la Une des médias, en Suisse comme à l’étranger.

Le «New York Times» décrit le texte comme un exemple de «l’aggravation du sentiment xénophobe en Europe depuis la crise migratoire d’il y a dix ans». Le quotidien rappelle aussi la votation de 2009 sur l’interdiction des minarets, qui «traduisait l’inquiétude face à la progression de l’islam dans le pays».

La chaîne conservatrice américaine Fox News s’est également penchée sur le dossier. L’UDC y est largement citée. Les arguments de son communiqué de presse sont repris en détail, tandis que les opposants n’apparaissent qu’en quelques lignes.

Une «votation décisive»

De son côté, CNN adopte un ton plus factuel. La chaîne expose le contenu du projet et ses implications. L’UDC souhaite qu’à partir de 2050, la population résidante permanente de la Suisse ne dépasse pas dix millions d’habitants, sauf en cas d’excédent des naissances. Si le seuil de 9,5 millions est franchi avant cette date, le Conseil fédéral et le Parlement devraient agir, «notamment dans les domaines de l’asile et du regroupement familial». En dernier recours, l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne pourrait être dénoncé.

Selon CNN, la Suisse s’achemine vers une «votation décisive». La chaîne rappelle que l’UDC a obtenu le plus grand nombre de sièges au Parlement depuis 1999 et que les premiers sondages donnent de bonnes chances au projet.

En Europe également, l'initiative suscite des commentaires. Le quotidien britannique «The Guardian» revient sur les campagnes passées de l’UDC. «Le parti combat l’immigration depuis des années en mettant en avant les crimes commis par des étrangers et en diffusant des images de couteaux ensanglantés, de criminels encagoulés, de poings et de femmes apeurées», écrit-il. Le journal souligne toutefois l’échec de l’initiative de mise en œuvre en 2016 et le rejet net de l’initiative de limitation en 2020.

Un «test» pour la politique migratoire

De son côté, «The Telegraph» évoque un «test important pour la politique d’immigration» susceptible de raviver les tensions entre la Suisse et l’Union européenne. «Le débat intervient alors que la population suisse augmente rapidement sous l’effet de l’immigration», relève le journal. «Avec environ 9,1 millions d’habitants, la croissance a été près de cinq fois plus rapide que la moyenne des pays voisins de l’Union européenne au cours des dix dernières années.» Le quotidien compare la Suisse à Singapour, qui ne fixe pas de plafond démographique strict.

Le journal français «Libération» estime que la Suisse est «en passe» d’atteindre le seuil fixé par l’UDC. «La Suisse est-elle trop pleine?» s’interroge de son côté le quotidien autrichien «Kurier». «En Suisse, on parle de «Dichtestress», ce sentiment d’étouffement lorsque tout semble saturé, des piscines aux trains, jusqu’au pays tout entier», écrit le média en établissant un parallèle avec l’Autriche. L'hebdomadaire allemand «Die Zeit» rapproche cette initiative de celle sur la SSR et de celle sur la neutralité, également lancées par le parti de droite et susceptibles d’être soumises au vote. «Dans un an, nous pourrions être un autre pays», titre le journal.

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