«C'est illégal et dangereux!»
Les constructions hors zone à bâtir font polémique à Grindelwald

A Grindelwald (BE), la transformation d’une maison de pâturage en chalet de luxe fait polémique. Le villageois Peter Roth dénonce une violation de la loi et l’inaction de la commune.
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Peter Roth est un militant et un pionnier de l'application des lois sur la construction à Grindelwald.
Photo: Sebastian Babic
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Sebastian Babic

Peter Roth est peut-être l’homme le plus détesté de Grindelwald (BE). Et il l’assume. Depuis des décennies, il s’attaque aux autorités et aux maîtres d’ouvrage qu’il accuse d’aller trop loin dans la transformation d’étables et de mayens. Selon lui, le procédé est toujours le même: des chalets d’alpage sont convertis en résidences secondaires, parfois illégalement, parfois à la limite de la légalité. Il reproche à la commune de fermer les yeux tout en profitant de l’afflux touristique. «C’est une dégradation de mon pays», lance le sexagénaire. En 2021, son engagement lui a valu une nomination au Prix Courage du magazine «Beobachter».

Il n’a jamais baissé les bras. Aujourd’hui, c’est l’aménagement d’une ancienne maison de pâturage en «chalet de luxe» qui l’indigne. Pour l’instant, il est question d’un garage, dont la demande de permis est en cours. Mais l’affaire remonte à plus loin. Malgré une situation initiale problématique, la commune avait déjà autorisé la transformation du bâtiment en logement. Une décision difficilement conciliable avec la législation fédérale.

Une grange transformée en maison

Le Rinderstutzweg, à Grindelwald, n’est accessible que par un chemin étroit d’environ un mètre cinquante de large. Deux randonneurs y peineraient à se croiser. En pleine zone agricole, dans un secteur d’habitat dispersé entouré de pâturages, les constructions sont rares.

C’est pourtant là que, selon Peter Roth, se concentre tout ce qui ne va pas dans la commune. «Ici, une maison de pâturage a été transformée en habitation à part entière sur la base d’arguments fallacieux.» Hors zone à bâtir, une telle transformation est illégale, affirme-t-il. Seuls des agriculteurs de montagne pourraient occuper ce type de bâtiment, ce qui ne serait pas le cas ici. Les propriétaires auraient avancé par étapes. «Ils commencent par de petits aménagements, louent ensuite comme appartement de vacances, puis finissent par transformer le tout en résidence complète.»

«Illégal et dangereux»

Selon la carte des dangers naturels, le bâtiment se situe en zone bleue, où des exigences particulières s’appliquent en matière de construction. «Ce qui se passe ici est illégal et dangereux», estime Peter Roth.

L’ancienne maison de pâturage a subi plusieurs transformations jusqu’en 1998. Elle a été proposée à la location touristique au moins entre 2022 et mars 2025, comme le montrent des archives en ligne. La famille propriétaire n’exploite plus d’activité agricole depuis 2001 et loue ses terres. Pour Peter Roth, cela contrevient à la loi sur l’aménagement du territoire.

Selon les informations de Blick, le bien avait déjà été loué auparavant comme maison de vacances, à une période indéterminée entre 2001 et 2021, par l’intermédiaire de «Grindelwald Tourismus». Les autorités en avaient donc connaissance. Pour Peter Roth, le cœur du problème est là. «Ici, il ne s’agit pas d’appliquer la loi, mais de voir comment entasser toujours plus de touristes dans le village.» Les constructions hors zone à bâtir sont une vieille tradition à Grindelwald, affirme-t-il.

La Commune sous le feu des critiques

De précédentes enquêtes de Blick avaient déjà mis en lumière des pratiques controversées. La Fondation pour la protection et l’aménagement du paysage est également intervenue à plusieurs reprises. En 2023, elle déclarait: «Depuis des années, Grindelwald se fait régulièrement remarquer pour des constructions illégales. Malheureusement, aucune amélioration ne se profile.» La pratique en matière d’autorisations était alors vivement critiquée.

Pour Peter Roth, rien n’a changé. Il pointe plusieurs responsabilités. D’abord le canton. «Il est plus confortable de rester à Berne et de laisser les régions périphériques se débrouiller.» Mais il estime que le principal problème se situe sur place. «Ici, c'est l'anarchie. On passe outre la loi et on le tolère. Il est question de pouvoir, d’argent et de proximité avec le président de la commune.»

Le président se défend

Les accusations sont lourdes. Sollicité, le président de la commune, Beat Bucher, répond brièvement: «Je n’entrerai pas dans le détail de vos questions, car je ne suis pas disposé à y consacrer le temps nécessaire. Il ajoute: Je rejette formellement les reproches concernant des constructions prétendument autorisées illégalement et l’affirmation selon laquelle aucune amélioration n’aurait été obtenue.»

Contactés, les propriétaires indiquent vouloir construire une maison pour leur retraite au Rinderstutzweg. «Tout ce que nous avons construit était autorisé», écrivent-ils. Sur ce point, ils ont raison. Reste la question du fond. La commune ne s’exprime pas davantage, pas même sur le projet de garage. «On laisse faire. De toute façon, à Berne, personne n’intervient», résume Peter Roth.

La protection du paysage s'en mêle

La Fondation pour la protection du paysage a déposé une opposition à la demande de permis de construire. Sa co-directrice, Rahel Marti, estime que le projet ne peut pas être autorisé.

L’Office fédéral du développement territorial rappelle de son côté que les bâtiments agricoles disposant déjà d’une petite partie habitable en 1972 ne peuvent être agrandis que de manière très limitée. L’expert Thomas Kappeler précise: «Un aménagement qui augmente sensiblement le standard d’habitation n’est pas admissible. Si l’ampleur des transformations dépasse ce qui est autorisé, la police des constructions compétente doit intervenir et exiger le rétablissement de l’état conforme au droit.»

Rahel Marti conclut: «Dans le cas de transformations réalisées sans permis et jugées illégales par la suite, la commune de Grindelwald n’a, selon nous, pas suffisamment veillé jusqu’ici au rétablissement de la situation conforme au droit.»

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