La communication des autorités communales a pris de court tous les habitants: «Baisse des naissances – la commune de Kerns (ndlr: dans le canton d'Obwald) envisage la fermeture de l’école annexe de Melchtal». L’établissement, qui accueille actuellement une cinquantaine d’élèves jusqu’à la 6e année, devrait cesser ses activités à la fin de l’année scolaire 2026/27.
Karin Rohrer, habitante du village, n'en revient toujours pas. «Nous avons été totalement pris au dépourvu. Le sujet n’avait jamais été abordé auparavant. Nous sommes sans voix», confie-t-elle. En 2018, une séance d’information mettait encore l’accent sur le renforcement de l’école. «C’est un choc pour tout le monde.»
Kerns n'est pas la seule commune du pays à ressentir aussi directement les effets de la baisse de la natalité. Ces dernières années, plusieurs écoles ont fermé leurs portes, ou ont annoncé leur intention de le faire, notamment à Schlosswil, dans le canton de Berne, ou à Altishofen, dans le canton de Lucerne. Les structures d’accueil de la petite enfance sont également touchées. Depuis 2020, le seul canton de Zurich a perdu pas moins de 18 crèches.
Un niveau historiquement bas
Avec une moyenne de 1,29 enfant par femme, la Suisse enregistre son indice de fécondité le plus bas depuis le début des relevés. Les causes de cette chute sont multiples. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), des facteurs tels qu’une baisse du bien-être, des perspectives professionnelles incertaines et la situation financière pèsent lourdement dans la décision d’avoir des enfants.
Le pays s’apprête ainsi à affronter un tournant démographique majeur. D’après les projections, d’ici 2034, quelque 52'000 élèves de moins fréquenteront l’école primaire, soit un recul de 7%. Karin Rohrer vit avec son mari et leurs deux enfants à Melchtal, une vallée rattachée à la commune de Kerns. La cadette est en 3e année, l’aînée en 6e.
C’est surtout la situation de sa plus jeune fille qui l’inquiète: en cas de fermeture de l’école, l’enfant devrait se rendre seule en bus à Kerns, elle ne pourrait plus rentrer à midi et son accueil en structure parascolaire – dont les capacités sont déjà atteintes aujourd'hui – ne serait pas garanti.
«La vie du village va disparaître»
De son côté, la commune dit être consciente des difficultés et affirme travailler à des solutions, comme l’indique son site internet. «La vie du village va disparaître», déplore Karin Rohrer. Selon elle, l’école est aujourd’hui le dernier moteur de la vie locale.
Avec sa disparition, toutes les activités du village, en grande partie organisées autour de l’établissement, en pâtiraient. Le village perdrait aussi de son attrait pour les nouveaux habitants. Selon Karin Rohrer, plusieurs familles se sont installées à Melchtal précisément pour son école et envisageraient désormais de déménager.
Baisse des constructions
La baisse de la natalité préoccupe Kerns dans son ensemble. Outre les évolutions sociétales, elle s’explique également par la hausse des prix de l’immobilier et des loyers, souligne le président de la commune Beat von Deschwanden.
Dans de nombreuses localités, l’arrivée de nouveaux habitants compense la diminution des naissances. Ce n'est toutefois pas le cas à Kerns, selon les autorités communales. La raison est double. Premièrement, afin d'éviter toute augmentation du trafic, le village n'entend pas classer de nouveaux terrains en zone à bâtir. De plus, les surfaces constructibles non bâties se font de plus en plus rares sur le territoire communal.
Chute radicale du nombre d'enfants
La commune de Altishofen est elle aussi touchée par le phénomène, au point d'avoir été contrainte de fermer l'un de ses établissements l'an dernier, une décision motivée par la faiblesse persistante du taux de natalité. L’établissement a donc fermé ses portes l’an dernier. Selon la commune, le nombre d'enfants admis dans les crèches et à l'école primaire a fortement diminué ces dernières années, rendant la poursuite de l'activité impossible.
En 2016, une cinquantaine d’enfants fréquentaient encore l’école. Pour l’année scolaire 2027/28, la commune n’en anticipait plus que 15. Plusieurs scénarios ont été étudiés, mais tous ont été écartés pour des raisons «économiques», «pédagogiques» et «organisationnelles».
Le caractère rural d’Ebersecken, un renouvellement générationnel difficile à prévoir et des contraintes d’aménagement du territoire – interdisant notamment la création de nouveaux quartiers – ont rendu la situation inextricable. S’il reste encore un peu de terrain constructible, celui-ci est bâti avec retenue, précise la commune.
Pour maintenir la vie du village, certaines communes valaisannes tentent d’attirer de nouveaux habitants à l’aide de primes juteuses, comme Zeneggen ou Albinen. Une stratégie qui porte ses fruits: à Zeneggen, ces incitations ont permis de sauver l’école – et même de l’agrandir. En 2017, Albinen avait déjà fait le tour du monde en proposant jusqu’à 25’000 francs suisses à tout nouvel arrivant.