«Je ne veux pointer personne du doigt. Je veux simplement que les procédures au sein de Spitex soient optimisées.» La voix de Michel Wettstein est nouée par le chagrin. L'ancien journaliste sportif de Blick est convaincu d'une chose: son père Kurt serait peut-être encore en vie aujourd'hui si Spitex avait donné l'alerte à temps.
Il y a trois semaines, Kurt Wettstein est décédé chez lui, sans aide et seul, car le service d’aide à domicile n’aurait pas respecté ses propres directives internes.
Les antécédents étaient pourtant bien connus des soignants. Suite à une mauvaise chute et une fracture de la jambe début 2026, Kurt Wettstein quitte l'hôpital en mars. Toutefois, il dépend des visites du service Spitex de Zurich-Altstetten. Mais dès la première visite de Spitex, le 13 mars, le senior n’ouvre pas la porte: le service prévient immédiatement son fils. Ce dernier se rend chez son père. Ils le retrouvent inconscient, après une seconde chute. «A l’époque, Spitex a réagi de manière exemplaire», confie Michel Wettstein.
Kurt Wettstein se remet étonnamment bien de cet incident. Après quelques semaines, il rentre chez lui. Le service Spitex lui rend régulièrement visite. Son voisin, qui possède un double des clés, l’aide également autant qu’il le peut.
L'appel sans suite du 30 juillet
Mais le 30 juillet, la situation vire au drame. Une aide-soignante de Spitex se présente à la porte de Kurt Wettstein. Une fois de plus, le senior n’ouvre pas. Elle appelle Michel Wettstein, mais le journaliste sportif est en pleine conférence de presse. Ne reconnaissant pas le numéro inconnu, il décroche brièvement et murmure, sans attendre de réponse: «Veuillez me rappeler plus tard.»
Comme il ne reçoit ni rappel ni SMS, Michel Wettstein pense qu’il s’agit simplement d’un appel publicitaire. Il précise également que le numéro de téléphone ne permettait pas d’identifier Spitex: «Sinon, je me serais tout de suite inquiété.»
Le lendemain, le cauchemar commence. «Le service d’aide à domicile m’a rappelé peu avant midi pour me dire qu’ils avaient sonné à la porte de mon père hier et aujourd’hui, et que personne n’avait ouvert», raconte Michel Wettstein. Il contacte le voisin de son père afin qu'il se rende d'urgence sur place.
Son père était encore en vie
Dans l’appartement, le voisin trouve Kurt Wettstein dans son lit. «Le voisin m’a appelé et m’a dit de venir de toute urgence», évoque Michel Wettstein.
Cette fin tragique aurait pu être évitée, estime Michel Wettstein. «En réalité, il aurait suffi d’un simple SMS le 30 juillet pour que je laisse tout tomber et que je me rende sur place.»
Le protocole interne a-t-il été bafoué?
Selon les directives évoquées à la suite des échanges avec Spitex, «les collaborateurs sont tenus d’informer la police si les patients ne répondent pas lorsqu’on sonne ou qu’on frappe à la porte et qu’ils restent injoignables jusqu’au soir. C’est ce qu’exige le protocole dans de tels cas», explique Michel Wettstein.
Selon lui, le service Spitex n’a pas respecté les directives qu’il s’était lui-même fixées. Personne n'a réagi pendant 24 heures. «Manifestement, la situation a été mal évaluée», déplore le fils.
Spitex se défend
Contacté par Blick, le service Spitex Zurich-Altstetten ne commente pas ce cas précis, mais précise sa procédure. «Si une cliente ou un client n’ouvre pas la porte lors d’une intervention prévue, les collaborateurs tentent de prendre contact. Ils évaluent ensuite la situation en se basant sur les informations disponibles et l’historique des soins prodigués jusqu’alors.» Il peut s’agir, par exemple, d’appeler des proches.
Mais une porte fermée ne signifie pas automatiquement qu’il s’agit d’une urgence. «C’est pourquoi les collaborateurs évaluent chaque situation au cas par cas. S’il y a des indices laissant supposer une éventuelle urgence, ils prennent les mesures nécessaires. Cela peut parfois impliquer de contacter la police.»
Selon Michel Wettstein, rien de tout cela ne s’est produit dans le cas de son père. «Ce qui m’importe avant tout, c’est que cela ne se reproduise plus jamais.» S’il pouvait, grâce à l’histoire de son père, contribuer à rendre les procédures plus sûres, modernes et professionnelles, il s'en satisferait. «Même si cela ne sauve qu’une seule vie, ce serait pour moi une réussite.»